Partager l'article ! Nous aussi, dans le désastre...: Afrique-Haïti, le miroir de la douleur partagée Distant et si proche, ce pays des Grandes ...

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Afrique-Haïti, le miroir de la douleur partagée
Distant et si proche, ce pays des Grandes Antilles, sur une large partie de l’île d’Hispaniola… Haïti a porté en écho la douleur de l’Afrique. Notre continent, avant-hier et hier, a ressenti l’onde de choc de la secousse tellurique. Cette Afrique, inquiète, a prêté l’oreille… Révélée par les
caravelles et port de débarquement de négriers avec leur cargaison de personnes à la valeur marchande pas plus importante que la pacotille, ce territoire a une histoire liée à celle des grandes
luttes sur l
e continent et la Diaspora. Plus de trois siècles d’esclavage ont fait, enfin, fleurir le bonheur dans l’acte de bravoure de
Toussaint Louverture. La première République noire indépendante était née en 1804. En 2004, le bicentenaire
de cette révolution a été l’occasion, pour le président sud-africain d’alors, Thabo Mbeki, de connecter la charge symbolique de cette libération du peuple noir de la Diaspora à la victoire sur
l’Apartheid. L’histoire, à son avis, n’avait pas fait justice à la lutte des esclaves ayant consacré la défaite de Napoléon Bonaparte, Empereur de France. Les révolutions américaine et française
sont plus connues.
Cet avis rejoint celui du poète Aimé Césaire. L’auteur de « Cahier d’un retour au pays natal » estime que Haïti est le premier pays où la Négritude s’est mise debout. A côté, sur la côte est, il y a le pays
le plus proche, la Jamaïque. Le lieu d’affirmation d’un reggae contestataire et fier porté par une voix exceptionnelle, Bob Marley. Ce tempo chaloupé n’est pas, dans sa cha
rge émotionnelle, très loin du jazz, poignante complainte qui monte des plantations et des « senzalas », ces « prisons » à l’ombre des champs de
canne à sucre. La douleur aussi, chante, danse, s’éprouve dans la solitude de déportés juste sortis dans cales de bateaux pour servir… Pour le bicentenaire de la révolution haïtienne, les
intellectuels d’Afrique comme Amadou Makhtar Mbow, ancien Directeur général de l’Unesco, ont rappelé à l’Afrique et à la Diaspora le devoir de mémoire.
Cet esclavage banni, Haïti est appelé à se libérer de son passé et de son présent marqués par une très forte instabilité
institutionnelle avec les dictatures se succédant comme de méchantes fourmis à la queue-leu-leu, la
pauvreté qui frappe plus de 80 % de la population, le chômage qui touche plus de 65% de la population active, la saignée avec des migrants affrontant les garde-côtes américains et cherchant un
bout de paradis aux Etats-Unis ou au Canada. Voilà les contours du deuxième esclavage. Les Duvalier, pendant une trentaine d’années de répression, d’escadrons de la mort (les affreux Tonton Macoute !), n’ont pas été dignes du rêve de Toussaint Louverture. Ils ont
tout simplement fermé la porte à l’épanouissement d’un peuple contraint à l’exil dans son propre pays. Cinq ans après ces festivités marquant l’inauguration des champs de la douleur, les images
que nous serven
t les satellites se résument à des familles éclatées et tendant une sébile à des humanitaires. Le retour à une relative stabilité
avec l’élection d’un président n’a pas encore comblé le passif social et économique.
Cette situation ne laisse pas l’Afrique indifférente. Le continent de départ des esclaves est engagé dans un débat sur la Renaissance. Le sujet n’est pas politique. C’est la réappropriation voire la continuation des théories sur l’apport de l’Afrique au monde. Senghor, Cheikh Anta Diop, Alioune Diop (dont le centenaire de la naissance est fêté cette année), Thabo Mbeki et Me Abdoulaye Wade en sont les promoteurs au fil du temps, des mots et des actes. Cette Renaissance est multidimensionnelle. Elle est un ancrage dans l’histoire mais aussi une ouverture au reste du monde et à ses apports fécondants. Elle est économique dans une posture de rupture avec la fatalité de l’impuissance. Elle est culturelle, à travers la matière première de l’imagination et des identités fortes sans être allergiques au saisissant regard l’autre évoqué par Sartre dans son retentissant « Orphée noir ». Elle est enfin politique. Avoir rencontré la douleur dans son contact avec l’autre, l’interdit à l’Afrique et à sa Diaspora de choisir les cachots de l’inélégance républicaine. Parmi les séismes, les mers houleuses et les gros temps, il faut sans cesse faire renaître, dans le cœur de ce peuple noir, l’esprit de Toussaint Louverture. Cela commence aussi par une re-plantation des forêts. Mortes, ces étendues vertes laissent le champ aux catastrophes naturelles, estiment les spécialistes. Troisième et dernier esclavage ?
HDF
Merci!