Partager l'article ! Le grand bouclage de Babacar Guèye: La vie t’a appris, tu me disais… D’une après-midi à l’autre, ton rire franc dépeuple no ...

| Mai 2012 | ||||||||||
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La vie t’a appris, tu me disais…
D’une après-midi à l’autre, ton rire franc dépeuple nos oreilles, après que les pleurs discrets ont empli nos yeux des larmes de la solitude. Chacun a eu, en son cœur et son âme, un bout de paradis avec toi. L’intermède, ce jour là, dans les allées des cimetières de Yoff, était un chœur mélodieux des poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba. Le Saint-Homme était le pont de grâces entre ton ici et ton au-delà. Tes qualités ont supplanté les frontières entre la vie et la mort. Ces vertus sont, auprès du Seigneur, les témoins d’une âme qui a su s’élever au-dessus des basses gloires de ce monde. J’ai souvenance de l’anecdote de la rencontre entre ton Fallou, homonyme du deuxième khalife de Khadimou Rassoul et Serigne Saliou Mbacké, le dernier fils de Bamba sur terre. Comme une grande lumière qui invite un rayon quelque peu agité à partager un moment terrestre, les yeux rivés sur l’Éternité. Cette Éternité est l’Instant de tous les instants pourvu que chaque acte posé et chaque seconde servent, tous, à éloigner le fidèle de la vanité, l’homme des décombres des vertus craquelées, le professionnel des sentiers de la paresse. Il y avait toujours quelque chose de spirituel dans tes propos. Le chapiteau mystique était toujours suivi d’un silence. Le fait essentiel, évident ou caché, couronnait, à chaque fois, les échanges. Tu me laissais, dans une humilité à la fois touchante et désintéressée, le soin de méditer une vérité… Le temps n’a jamais été une muraille dans la marche de ton esprit et de ta raison vers la vérité. Aujourd’hui, la Vérité, devrais- je dire…
La vie t’a appris la patience et la persévérance. Tu m’as enseigné la vitesse d’exécution et la quête de la qualité dans le travail. Tu m’écoutais, tu me suivais, mais il fallait que tu fusses convaincu ! A défaut de l’argumentaire qui engage tout de suite, tu passais des minutes et des heures à chercher le détail qui faisait tache, quitte à revenir le lendemain faire ton exposé. Je ne t’ai pas connu au « Soleil ». Je t’ai connu sous le soleil d’un stage à Wal Fadjri, durant les grandes vacances de l’année 1995. Ces moments ont surgi, à nouveau, des pellicules du temps lorsque, sur le parking des Cimetières de Yoff, j’échangeais quelques mots avec Ousseynou Guèye. Ma vie professionnelle et mon comportement de tous les jours sont toujours des sujets d’intérêt pour ce grand-frère. Oui, en juillet 1995, je venais d’arriver sur la pointe des pieds dans l’équipe des signatures parmi celles qui m’ont fait le plus rêver dans la presse quotidienne : Tidiane Kassé, Jean Meïssa Diop, Abdourahmane Camara, Seydou Sall, Mame Less Camara et, bien sûr, Ousseynou Guèye. Je pensais m’habituer à ces visages portant des plumes de poids. Je découvris des hommes de vertu en plus des professionnels s’exprimant à longueur de lignes dans un journal qui, deux ans plus tôt, passait quotidien. Entre les séances de thé et les articles à déposer à la saisie, j’ai découvert Babacar Guèye. Le coup classique au stagiaire : « le beefsteak ». Ce n’était pas un plat relevé à la sauce épicée, mais bien du papier à chercher pour rédiger les lignes à traduire en texte de journaliste pour le lecteur. Tu savais sourire, conseiller et servir. Tu n’attendais pas que le jeune frère vint reprendre ses manuscrits ; tu signalais la fin de l’opération pour que tous puissent passer à autre chose. Tu m’as accompagné dans le boulevard qui deviendra ma trajectoire professionnelle assez mouvementée, au début, entre « Walf », « le Matin » et « le Soleil ». J’ai toujours su trouver réconfort et avis sincère auprès de toi, aîné qui a refusé l’arithmétique de l’âge au profit de l’intelligence des rapports d’estime et de respect. La complicité est née sur ce terreau. Dans les moments difficiles comme dans les challenges exaltants, tu étais à portée de mots pour tenir mes pieds, fermement, sur terre. J’étais souvent dans mes rêves, tu étais mon complément de lucidité. Parfois, j’avais la gêne de te voir, mon Grand, confesser que son jeune frère, cette fois, a raison. Cette humilité a eu raison de toute tentation de m’éloigner de ce monument de délicatesses. Tu disais : « My boy ou « sama boy ». Je te vois encore relire, mot après mot, les pages que le Chef de service puis Rédacteur en Chef adjoint/Chef d’Edition que j’ai été pour « Scoop », te soumettait. Monteur, tu ne te contentais pas de promener la souris d’un bout à l’autre de l’écran et de ne voir à travers un texte qu’une image. Ce papier était, pour toi, un message et une expression. Résonnent encore dans mes oreilles les débats sur la syntaxe et la sémantique, les soucis de précision d’une information. Tu avais des qualités multiples de correcteur, de professionnel de l’information et d’agent de maintenance. Je puis en témoigner dans le vécu extraordinaire que j’ai eu, à tes côtés, comme Directeur des Rédactions. Mon téléphone est orphelin de tes appels à 1 heure, 2 heures voire 3 heures du matin sur un double emploi, un papier manquant, une information incomplète… Je savais aussi pouvoir toujours te réveiller à n’importe quelle heure pour apporter des changements à l’édition du jour. La seule contrainte : t’envoyer un véhicule du parc automobile du « Soleil ». Rien d’autre. Tu étais une vigie pour moi qui te confiais, à l’heure du bouclage, mes papiers à relire. Tu revenais me dire : « RAS ».
En d’autres occasions, tu trouvais le mot qui fâche ou l’info inutile. J’honorais le rapport de confiance en allant dans le sens que tu indiquais en connaissance de cause. Tu étais un rassembleur. C’est ce que ta vie bien remplie t’a appris. Tu m’as enseigné le pardon et le partage. Je venais, à l’heure du stress et de la solitude, dans mon bureau, te piquer des cacahuètes grillées, des bonbons, des « acaras » et autres « fatayas ». Même lorsque la poche de laisse plus percevoir le tintement des Cfa ou le froufrou des billets, tu trouvais toujours le moyen de donner à grignoter. L’heure du café, comme l’heure de la prière, ont eu ceci de précieux pour toi : tu étais à l’écoute des désirs de ton prochain et des enseignements de ton Seigneur. Cela ne m’étonne pas de connaître, par cœur, les noms et cursus de tes enfants. Quel sujet d’angoisse pour toi, leurs études ! Tu voulais les regarder dans les yeux après leur avoir donné les moyens de regarder l’avenir avec sérénité. Tu veillais sur moi. Notre dernière entrevue a eu lieu sur les marches en venant du parking arrière du « Soleil ». Tu m’as chambré sur mon silence. Tu m »’as transmis le message d’un journaliste pour qui j’ai un immense respect. Nous devions lui rendre visite. Je ne savais pas que je devais t’accompagner à Yoff… dans la demeure du silence, pour ce grand bouclage dans lequel ta copie est sans doute paradisiaque !
HDF
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