Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 04:31

La conquête des libertés sous l’irrésistible suffrage de la rue

J’allais écrire, tout simplement : « un vent de démocratisation souffle sur le monde arabe ». J’allais avoir tout faux dans cette option sémantique. « Démocratisation » est un acte volontaire de la part d’un Etat de mettre en place les mécanismes institutionnelles et de préparer les hommes et les femmes d’un pays à exercer la citoyenneté entre les deux bornes sacrées de la liberté : les droits et les devoirs. C’est ce que les philosophes de l’Etat appellent le « contrat social». La formule revient à Jean-Jacques Rousseau. D’autres comme Hobbes décryptent le cadre légal et légitime de violence dont les pouvoirs publics ont l’apanage. L’une des frontières entre les régimes autocrates et les démocraties apaisées reste, assurément, la place de la mesure dans la distribution de cette violence. Allègrement, les instruments de régulation de ce que le poète-président Senghor appelait « la commune volonté de vie commune » se muent, dans les dictatures, en outils de répression. La carte d’électeur n’a pas de valeur face aux baïonnettes. Parfois, la façade est lissée au moyen d’un suffrage universel direct dont l’expression ne passe pas sous la barre des 90%. Et c’est la conspiration du silence pendant que les cœurs des uns et des autres grondent d’une indicible colère et d’une grosse envie de grand large. Les élans de liberté sont comme une marmite qui bout : c’est une question de temps et de densité physique ; le couvercle finit toujours par sauter. En lieu et place d’une démocratisation volontaire, c’est le peuple souverain qui reprend ses droits.

Les ex-pays de l’Est ont connu leur printemps des libertés. Le communisme triomphant, avec la collectivisation des biens, n’a pas réussi à perpétuer un modèle renfermé sur lui-même et qui trouvait  en l’anti occidentalisme bavard des ressorts de se renouveler. Les Soviétiques, Roumains, Bulgares, Hongrois, Polonais, Yougoslaves, entre autres, avaient du pain, mais il leur manquait la grâce des matins où l’on pouvait humer l’air libre sans crainte de tomber sur un chien de garde galonné. Comme un symbole, ils avaient envie de passer devant le Kremlin et d’y poser leur regard ; ils avaient besoin de frotter presque le nez contre la forteresse du KGB sans redouter un procès pour dissidence… Et surtout, la génération qui n’a pas une relation romantique avec la révolution bolchevick avait envie de la fameuse toile qu’est le blue-jeans, de coca cola et de techno. Les symboles bannis du monde occidental, jugé pervers et corrupteur de vertus socialisantes, peuplaient, à la fin de la décennie 80, l’ancienne prairie des idées de Lénine, Staline, Khrouchtchev, etc. La Pérestroïka (reconstruction, restructuration) et la Glasnost (transparence) de Gorbatchev ont dynamité le verrou, en faisant défiler, au final, l’image saisissante de Boris Eltsine sur un char devant le Parlement. Le monde en deux blocs venait d’assister à la chute du rideau de fer. Le petit livre rouge passait au coin des fossiles de bibliothèque et Fakuyama, à tort, célébrait « la fin de l’histoire » et l’avènement du capitalisme victorieux.

Le cœur de ce renouveau reste Berlin dont le mur, sous la poussée des Est-Allemands, s’est effondré. Un nouveau jour s’est levé sur cette ville charcutée après la capitulation de l’Allemagne nazie. L’Allemagne, qui a célébré ses retrouvailles avec la démocratie sous le magistère de Konrad Adenauer, venait de remporter la plus belle des guerres, celle de la conquête des libertés. Ce sentiment m’a habité, en septembre dernier, lorsque j’ai visité les pans de mur et le Parlement. Ce dernier édifice est, actuellement, le témoin des débats d’une des démocraties les plus verrouillées contre la tentation des extrémismes et de la propagande. Ce pays a tiré une grande leçon des pages sombres de son histoire. Elu démocratiquement - ce que peu de personnes disent encore - Hitler a opéré un mauvais virage vers le totalitarisme.

Ce qui se passe aujourd’hui dans le monde arabe est un autre vent. Il ne s’agit pas d’une « démocratisation » à laquelle souscrivent les leaders. Il s’agit bien d’une démocratie que les peuples ont décidé d’arracher à des systèmes étanches, donc peu poreux aux souffles des libertés. A Tunis, la violence des mots en témoigne : « RCD dégage ». Au-delà du départ du chef, il s’agit d’un nettoyage à grande eaux qui n’épargne aucun dignitaire. Les émeutes du pain n’ont pas été saisies dans leur sens comme l’expression d’un ras-le-bol rampant. En fin de compte, cette chute de Ben Ali et des suppôts de son régime est une alerte pour tous les régimes sourds aux cris de la rue. Ce pays avait la réputation d’un Etat policier et ce président celle d’un homme politique ferme et froid. L’Egypte est connue pour le rapport fusionnel entre la classe dirigeante et l’Armée. C’est quasiment la même entité. Un pouvoir kaki qui ne se prive pas visiter et mettre sous coupée réglée tous les domaines de la vie publique, y compris le sport, notamment les encadreurs. Qui ne se rappelle pas les images de gradins couverts de bérets à l’occasion de Caire 86 et 2006 ?

A Ben Ali et à Moubarak -accusé également de travailler à placer son fils au pouvoir -, la rue fait le procès du peu d’ouverture aux aspirations populaires. Une erreur fatale que ne réparent pas les lucidités de dernière minute qui se traduisent par des promesses de nouvelles nominations à de hautes responsabilités ou des perspectives de retrait de la course électorale. En vérité, les manifestants procèdent à leur référendum populaire : pour ou non le départ d’un autocrate ? La réponse est « oui ». Dans ce schéma, le renouveau se fait avec… du neuf et non avec un homme qui incarne un système depuis trois décennies. Ces jeunes qui défilent dans les artères des capitales n’ont pas connu le même effroi qu’ont ressenti leurs pères devant la toute-puissance de ces régimes forts. Ils n’ont pas la même émotivité face aux chars. Ils n’ont pas eu une enfance dans le jardin des libertés et ils ont décidé d’atteindre le troisième âge dans un pays où l’égalité des chances est consacrée par la Constitution et exercée au quotidien par des institutions au service des citoyens et non d’une caste aux comptes bancaires gras. Ils ont des envies d’une vie meilleure, au risque de passer dans l’autre monde, celle de l’immense ombre. Le sacrifice de la vie des individus est, dans toute révolution, la porte d’une autre naissance pour la collectivité.

HDF

Publié dans : Inter Carnets - Par Birima
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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 00:07

Des urnes aux armes, le vote du chaos…

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En demandant aux Nations-Unies de retirer l'Onuci de la Côte d’Ivoire et en exigeant de la France le rapatriement de ses troupes mobilisées dans l'opération Licorne, Laurent Gbagbo franchit un nouveau pas. C’est clair maintenant : c’est la fuite en avant. Se sachant acculé par une communauté internationale décidée à défendre la légalité et la légitimité sorties des urnes à l’issue de ce second tour de la présidentielle, le chef de l’Etat sortant joue son va-tout. Pour exister, il ne peut compter, aujourd’hui, que sur la résurgence d’une fierté nationale rétive à l’ingérence. Et il mobilise son « peuple » contre ce qu’il considère comme une agression extérieure. De l’autre côté, Alassane Ouattara mobilise le peuple contre l’usurpation de son vote. L’escalade est réelle. Le raidissement des deux côtés se paie au prix fort : des dizaines de morts. L’avertissement de Guillaume Soro a été clair. Tout le monde a prêté foi aux effets d’annonce du Premier ministre passé du gouvernement défait de Gbagbo à l’attelage victorieux de Ouatarra. L’ancien chef rebelle a menacé de reprendre du service pour veiller sur le respect du verdict des urnes. La marche a été sanglante. Cet évènement peut être lu comme découlant d’une erreur d’appréciation du camp vainqueur au suffrage universel contre les tenants de la légitimité du canon. Le pays aurait pu faire l’économie de ce début de chaos. D’autre part, le camp déclaré vainqueur par la Commission électorale en tire un gain politique. Lisez la mise en garde de la Justice internationale…

HDF

 

 


 

Chocs de légitimités et atteinte à l’intégrité diplomatique

 

Il y a si peu de choses à négocier dans le contexte ivoirien. Le monde n’est pas en présence d’un dialogue politique en panne et qui, lorsque les egos sont mis en berne, peut redémarrer et produire des résultats probants. Le monde n’est pas en présence de divergences mineures dans la détermination des règles du jeu électoral. Les différents protagonistes de la crise ivoirienne ont laissé les divergences subjectives à Marcoussis puis à Ouagadougou, deux théâtres de compromis sur le chemin de la paix. Il ne restait que les différences d’approche programmatique, législative ou matérielle. Ce qui, en démocratie, est une vertu dans la quête des suffrages des électeurs. Les règles du jeu ont été fixées loin du crépitement des armes et des rancoeurs. Il s’est agi, dans cette séquence, de créer les conditions d’une réconciliation nationale et d’un retour à la paix, de mettre en place une sorte de gentlemen agreement entre Gbabgo, Ouattara, Bédié et Soro. Au bout de ces retrouvailles, il fallait, enfin, prendre part à la présidentielle. L’armature institutionnelle a doté ce pays d’instruments juridiques pour dire le droit et officialiser le sens du vote populaire. Ces organes sont officiels comme le Conseil constitutionnel ou consensuels comme la Commission électorale ivoirienne.

Le principe de fonctionnement libre de ces instruments vient d’être bafoué. La cour constitutionnelle a donné son verdict favorable à Gbagbo vingt-quatre heures après le sacre de Ouattara annoncé par la Cei. Il se passe, en conséquence, un choc de légitimités. D’où le caractère difficile de la mission de l’ancien chef d’Etat sud-africain, Thabo Mbeki. Il faudra bien qu’une des deux parties se résolve à renoncer à sa légitimité. C’est la seule et grande concession qui puisse, dans le très court délai, éviter le spectacle grotesque d’un pays à deux présidents prêtant serment le même jour. Bien sûr, ils ne pourront gouverner ensemble que dans le chaos. Renoncer à une légitimité célébrée quasiment en mondiovision est un acte de courage, de responsabilité et de lucidité. C’est, il faut le dire, le scénario le moins probable pour le moment. Aucune partie n’acceptera de déconstruire si facilement les fondements de sa légitimité. A moins que soit trouvé un accord qui organise une nouvelle présidentielle… Qui donnera à Thabo Mbeki la chance d’y arriver?

Il y a quelques années, la partition du pays, consécutive à la bombe « Ivoirité », était difficile à assumer au grand jour par les leaders à cause de ses innombrables placards tapissés de honte et de violence. Pourtant, le pays n’avait pas offert à la guerre autant d’arguments légaux qu’il en existe aujourd’hui. L’un des faits saillants était le coup de force contre le président Bédié. Le forfait était atténué par le risque qu’il faisait courir à ce pays en jouant la carte de l’exclusion. Le fait identitaire gît quelque part en cédant la place, sous les spots et l’œil des caméras, à l’argument juridique de fraudes au Nord et de légèretés de la part de la Commission électorale indépendante.

L’avis de gros temps est bien réel.  La violation des règles du jeu électoral accorde une certaine caution à la résistance. Elle est d’abord institutionnelle et légale avec le serment de Ouattara puis la démission-reconduction de Guillaume Soro. En passant d’un patron à un autre, le Premier ministre indique la voie de la légalité et de la légitimité. Si la classe politique n’admet pas la régulation du jeu électoral par les règles définies, demain, cette résistance pourra se faire à la musique macabre des armes par des groupes organisés ou des forces de l’ombre tirant profit de la confusion. Le peuple qui a voté pour s’ouvrir un temps neuf d’espoir acceptera-t-il de payer la note de l’affrontement  des egos et des légitimités ?

Le ralliement de Soro à ce qu’il considère comme le camp de la légitimité est donc un acte politique de dissuasion face à un Gbagbo qui « bunkerise » le pouvoir. L’image vaut pour la prestation de serment au palais de la République, devant ses inconditionnels mais aussi son appel à la rébellion contre les forces étrangères. L’évocation de poursuites éventuelles de la part de la justice internationale n’arrange pas les choses. En vérité, l’après-pouvoir est un traumatisme pour nombre de tenants du pouvoir.  Cette menace plonge le camp du président sortant dans une lutte pour la survie. D’autre part, le gros désaveu prononcé par des institutions et organisations comme l’Onu, l’Union africaine, l’Union européenne et le FMI nous met en présence d’un cas atypique de président « élu » obligé à vivre en autarcie comme le pire des dictateurs. Le camp proclamé vainqueur de la présidentielle convoque une ingérence étrangère comme le socle d’une fierté retrouvée et comme justification du refus de l’humiliation. Assurément, le constat d’atteinte à l’intégrité diplomatique est établi. Reste à déterminer le fautif : la classe politique avide de pouvoir ou une communauté internationale restée groggy après la démonstration d’immaturité démocratique et de boulimie pouvoiriste?

Il y a eu la vaste ombre d’une paix différée entre le 26 novembre, date à laquelle le monde a vibré en regardant le débat entre Gbagbo et Ouattara et le 4 décembre, jour  où deux chefs d’un même Etat ont juré fidélité à la Maison Ivoire. Le monde libre attendait l’émerveillement démocratique du côté de cette locomotive de l’Afrique de l’Ouest. Le souffle d’air frais est venu de la Guinée où Cellou Dalein Diallo a reconnu le verdict des urnes. Ce pays, qui n’a jamais connu d’élection libre et démocratique, entre dans une phase où le peuple a délégué à un opposant historique le chantier de la stabilité et du progrès. Cette stabilité, la Côte d’Ivoire l’a déjà connue, successivement dans la période du parti unique comme dans celle du pluralisme des années 90. Elle devait, simplement la reconquérir. Infatigable, ce pays a accordé cinq années supplémentaires au président sortant. Le bonus de l’équivalent d’un mandat. Le prix de la paix. Tout s’effondre maintenant. Dans un pays organisé et en présence d’observateurs impartiaux, il ne doit pas y avoir, dans l’absolu, un point noir sur le déroulement du vote dans la zone Nord et le blocage des travaux de la Commission électorale ivoirienne. C’est l’un des deux nœuds de la question, à moins qu’il y ait un aveu d’impuissance après le concert d’indignations.

 HDF


 



 Lorsque la passion ouvrira ses frontières à la raison...

 

Une Commission électorale indépendante dans les fers des humeurs frondeuses. Des documents confisqués. Une publication des résultats différée par des représentants de la mouvance présidentielle par la force de leur poignet. L’image a été diffusée en boucle par la magie du satellite. Cette frénésie autour de quelques chiffres est une très mauvaise publicité pour la réconciliation nationale. Quelques  chiffres, mais quel effet sur la nouvelle page des grands livres de la démocratie ivoirienne ! Cette présidentielle a le destin de fermer la parenthèse d’une décennie d’instabilité, de guerre fratricide, de partition du pays, de lutte débridée pour la conquête du pouvoir, de fractures identitaires, etc. Cet enjeu en supplante tous les autres qui, eux, s’articulent autour des agendas personnels. Ce verdict des urnes a ceci de particulier qu’il consacre aussi la légitimité populaire sur les rentes de la peur. La voie vers, une séquence apaisée. A la victoire des groupes politiques, ethniques ou régionaux, se substitue ainsi la victoire de la République. Cette République, dans la configuration des forces et des perspectives multiformes, est le plus grand parti et la plus belle des idéologies.

Dans le cas ivoirien, le facteur républicain devra finir par vaincre les facteurs politique, idéologique et sociologique. L’intérêt suscité ici et ailleurs par cette élection présidentielle est proportionnel au poids économique de ce pays dans la sous-région et, surtout, à de transparentes retrouvailles avec la stabilité. Le suffrage universel, à ce titre, est la porte de la légitimité conquise ou reconquise selon que l’on est pro-Ouattara ou pro-Gbagbo. Dans leurs postures respectives, les deux protagonistes de ce second tour ont le devoir historique des pro-Côte d’Ivoire. C’est cela la plus belle des victoires. Voilà encore un antidote contre la tentation d’un chaos qui a visité les bords de la Lagune Ebrié cette dernière décennie.

Le facteur sociologique, porté par l’idéologie d’une Ivoirité redessinée pour devenir un ralentisseur d’ambition présidentielle sur la route de Ouattara, a provoqué la partition du pays en deux : le Nord et le Sud. Le facteur géographique en ajoute une ombre épaisse à la longue nuit du crépitement des armes. Cette grosse déflagration idéologique a enregistré des dégâts collatéraux jusque dans le culte des uns et des autres, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Ces dernières heures, la contestation des résultats électoraux par les pro-Gbagbo épouse les contours de ce cauchemar brutal du début de ce siècle. Il est question de parodie de vote dans le Nord identifié comme le vivier électoral de Ouattara et la base arrière des Forces Nouvelles, ses supposés bras armés.

La stabilité de la Côte d’Ivoire ne s’accommode pas de cette fracture spatiale et idéologique. Le constat est quasi-général. En public, Ouattara et Gbagbo ont joué sur le registre du refus de la peur. Quand l’ancien Premier ministre rassure en prenant le ton du rassembleur, le Président sortant sonne le temps d’une paix retrouvée et de ses répercussions positives sur l’économie et le social. Chacun promet un horizon moins sombre que le fameux coup de balai du Gueï qui a emporté la quiétude dans la Maison Ivoire. Il n’est pas fortuit que fût suggéré cet épisode quand il s’est agi de contester les résultats du Nord. Il s’agit, malheureusement, de la stratégie de la peur comme situation de rente politique. Une manière de dire que, dans cette partie septentrionale du pays, un pont de malheurs est possible entre le camp de Ouattara et les Forces Nouvelles. Dans cette montée soudaine de la grande suspicion, le couvre-feu n’arrange pas les choses. Il laisse aussi croire que cette forte présomption de connivence maléfique pour la Côte d’Ivoire porte en elle-même les germes du chaos post-électoral. Fermer les frontières et suspendre la diffusion des médiats internationaux sont deux actes qui rappellent les fameux coups de force militaires. Dans ce cas précis de la Côte d’Ivoire, c’est plutôt le Conseil Constitutionnel qui invalide les résultats donnés par la Commission électorale indépendante. Le juge constitutionnel vise un retard dont la Cei n’est en aucun cas responsable. Il promet un horizon pour le verdict. C’est dans sept jours ! Peut-être le jour d’un rêve de paix…

Le vainqueur portera un nom, un ou deux prénoms. Il aura un label politique. C’est celui de l’écurie qui a présenté sa candidature. Un parti politique est juste un appareil de conquête ou de conservation du pouvoir. Il n’est pas la totalité du pouvoir dans sa perception républicaine. Le suffrage universel consacre un projet de société qui n’est pas plébiscité par tous les citoyens mais qui n’est, non plus, pas forcément une calamité pour les électeurs qui ne l’ont pas sanctionné positivement. D’ailleurs, leur point de vue, même hostile sous quelques aspects à la vision globale de l’élu, est le ciment du ralliement à la majorité. De ce fait, à partir du moment où le choix de la majorité des Ivoiriens sera homologué, son club sera la Côte d’Ivoire dans ses convictions politiques, dans sa diversité sociale et dans son homogénéité géographique. Le chaos menaçant perdra la partie lorsque la République s’éloignera du champ des quotas politiques voire politiciens pour engager la marche qui la tirera hors de ce grand champ de mines qui a élu domicile, une décennie durant, dans cette locomotive de la sous-région. Ne mourons pas de désespoir !

HDF

 

 

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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 18:53

A chaque peine, son mouton noir

Je passe sur la Route nationale numéro 1. Vers le foirail, sur le kilomètre 15, une scène attire mon attention. Dans une ruelle qui ne fait pas trois mètres de largeur, des étals sont pris d’assaut. Des vendeurs de viande s’affairent. Scène ordinaire de ménagères emportées par la vague insoutenable du petit-déjeuner, déjeuner et dîner. Un tourbillon gastronomique qui éprouve les poches et torture quelque peu des esprits soumis à la loi si impitoyable de Son Altesse Sérénissime DQ. Je jette un rapide coup d’œil, entre deux regards amusés sur le spectacle mondain tissé autour de cette fête religieuse, chez les 7 à 77 ans. Hommes et femmes continuent de s’affairer autour des chevillards. Une scène ordinaire si elle ne s’était pas produite la veille de la Tabaski ! Oui ! Mon esprit est tout de suite visité par les images enfiévrées des chercheurs de mouton s’acharnant à se tirer du traquenard des « téfankés ». Les rabatteurs retrouvent du service. Les chauffeurs de taxis et autres clandos déclenchent le chrono du gain sans se soucier du bréviaire du routier, le fameux Code la Route. Priorité absolue et continue aux espèces sonnantes. Les poches s’allègent de leur précieux contenu au gré des kilomètres et des kilos. Mouton et mobilité, c’est la voie du bonheur ! Pas de place pour des palabres stériles et autres élans moralisateurs. Pendant ce temps, les victimes de la crise prennent leurs quartiers (de bœuf !) sur la Nationale.

La Tabaski est une fête dans le calendrier musulman. Jour du pacte de fidélité et de foi entre le croyant et son Créateur, la commémoration du sacrifice d’Abraham est une hantise dans nombre de familles assiégées par les urgences du ventre. Dans une autre mesure, cette fête est la parade d’un luxe aveugle à tous les appels à la solidarité. Ces signaux sont émis, dans les mots ou le regard parcouru de détresse, par ceux qui attendent, vautrés dans les bas-fonds du combat pour la survie, une lueur d’espoir. La folle sarabande du m’as-tu vu est sourde aux SOS de la foule.

En vérité, le sacrifice d’Abraham a fait de mauvais émules coincés dans la spirale des dépenses de luxe. Rien qu’un vernis « religieux » qui scelle la foi en quelques signes extérieurs du bien-être du portefeuille. La danse des dévotions artificielles ? Cheveux naturels pour faire dans les éclats cosmétiques, mouton proche de la race des chevaux pur-sang, la dernière étoffe étincelante pour en donner plein la vue aux spectateurs de la démonstration de parfaite connexion au beau et au bien… Le  crédit envoie à plus tard le saisissant face-à-face avec notre véritable pouvoir d’achat. Peu importe, dans la comédie humaine, chaque séquence gagnée est une victoire sur la misère. Bonjour le jeu de cache-cache avec les créanciers ! La promesse ou le mensonge est un délai supplémentaire. Seuls excellent, à cet exercice, ceux qui s’assoient sur leur dignité et qui ignorent le sens noble de « scrupule ». Et souvent, c’est dans la classe des besogneux et « conjoncturés » au long cours que se recrutent ceux qui veulent peindre leur ciel en couches dorées sans avoir une goutte de colorant.

            Ils ne baissent pas les bras, ceux qui prennent la vie comme une étoffe sur laquelle l’indigo d’aujourd’hui a autant de valeur que la poudre ocre d’hier. Il faut simplement soigner l’apparence. Il faut faire ce qu’on ne peut pas. Gare à l’indigestion comptable ! Le regard de l’autre est la lanière qui soumet au supplice les victimes de la crise. Certaines parmi celles-ci ne voient même pas la couleur d’une corde, à plus forte raison le manteau blanc d’un bélier à cornes. Dieu, que ces personnes ne sentiraient pas le souffle du paradis procuré par l’image de Monsieur rentrant avec un agneau ! J’y pense pendant que la presse du vendredi, notamment le quotidien « Le Matin », m’envoie à la figure les photos d’une dame qui, après avoir pris le soin d’attacher son mouton,  s’est aménagé un « lit de mort » sur la VDN à l’aide de sable avant de s’étaler de tout son long sur l‘asphalte. Les chauffards, sans doute occupés à chercher la queue de leur bélier pour contenter leur plus forte, n’étaient pas de sortie, sur cet axe, à la veille de la célébration de la fête de la Tabaski. Des automobilistes attentionnés ont alerté les sapeurs pompiers et les policiers. Vous savez quoi ? Les étrennes de ces veilleurs de notre quiétude que sont les forces de l’ordre et les soldats du feu ont été des propos désobligeants. Madame a cherché à sacrifier sa vie pour ne pas … sacrifier à cette tradition avec un demi-mouton. L’environnement immédiat est le mouton noir de cette dame désespérée à l’idée de subir une « humiliation » à cause d’un animal poids plume. Que Monsieur dise les litres de sueur versées pour réunir, franc après franc, le prix de cet agneau dit amélioré. J’en suis dépité : ce mouton dépeint comme un  « ray mou dé, rayoul mou dé » est plus costaud que le mien… Je ne suis pas seul. Une dame qui a lu le texte et regardé les images a rêvé tout haut la place de cette suicidaire. Son époux à elle a fait une Tabaski blanche comme un écolier paumé.

Pendant que cette dame exposait son désarroi sur la VDN, des chefs de famille ont perdu leur partie d’échecs avec les « téfankés ». Le refrain est connu : « à quelques heures de la fête, les prix baissent de manière spectaculaire ». Que non ! Cette année, les vendeurs ont sorti un dribble qui a mis dans le vent nombres de stratèges du marchandage. Toute la nuit, les acheteurs ont fait le tour des points de vente sans succès. Les vendeurs sont très vite devenus des demi-dieux qu’on implore de bien vouloir ouvrir une porte du paradis en étant raisonnable sur les prix. Image cocasse rapportée par un chevillard. Partis à la recherche d’un mouton, les acquéreurs potentiels achètent d’abord une corde. Dès qu’une opportunité d’avoir un mouton se présente, ils passent cette corde au cou de la bête avant d’entamer les marchandages. N’est-ce pas une manière de se mettre la corde au cou et, comme un mouton de Panurge, donner le la à un vendeur trop cupide ?

HDF




Par Birima
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