Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 16:44
REGARD SUR UN HOMME-MONDE
La baraka et le style d'une rock star de la politique

Par Habib Demba FALL

Un phénomène de la politique américaine. Inconnu du grand public il y quelque temps, Barack Obama casse littéralement la... baraque! Regard sur une rock star de la scène politique qui séduit les foules et les individualités.


Un Noir ou une dame? Quel qu'eût été le choix des démocrates dans ces primaires, il se serait passé quelque chose de nouveau sous le ciel politique américain. Le choix entre une Hillary Clinton, ancienne locataire de la Maison Blanche aux côtés de son époux Bill, et Barack Obama n'a jamais été un choix quelconque. Même l'étiquette « Noir tendance Métis »,  formule pudique collée à Obama par des observateurs, ne sort pas le face-à-face de son registre peu ordinaire. Au bout d'un duel époustouflant, avec des étapes surmontées comme des haies dans une course d'obstacles, les Démocrates ont choisi le sénateur de l'Illinois, inconnu du grand public il y a trois ans. Il a la baraka à laquelle son premier prénom (''Barack signifierait ''béni des dieux'' en swahili). A côté de cet affrontement inédit, les primaires républicains passent pour un court chemin tranquille, avec, à la clé, la victoire d'un profil peu surprenant pour les conservateurs: John McCaïn, vétéran du Vietnam. Avec Obama, les Démocrates reprennent le collier après avoir sorti des candidatures aussi inédites que celles de John Fitzgerald Kennedy et Bill Clinton. Le profil de rock star de la politique trouvé à Obama colle à l'emploi d'une Amérique qui, il y a huit ans, a préféré la « ranger » George W. Bush à l'homme au style ''premier de la classe'' qu'est Al Gore. Cette Amérique avait aussi sorti du grand écran un certain Ronald Reagan et consacré, en Californie, la star de Hollywood Arnold Swartznegger, symbole du rêve américain dont les racines sont à chercher en Autriche. Barack Obama a des racines africaines et indiennes ''cherokee''. Son aura a poussé au coeur de l'Amérique. Au coeur des diversités. Il est né à Honolulu, à Hawaï, un Etat au carrefour des races, d'un père kenyan et d'une mère blanche du Kansas. Il a passé quatre années à Jakarta, sa mère Ann Dunham s'étant remariée avec un étudiant indonésien.
« Ni tout à fait noir, ni tout à fait chrétien, ni tout à fait américain »: voilà comment il est décrit par Philippe Grangereau, sur Libération.fr, le 4 juin dernier. « Pas facile pour un candidat à la Maison Blanche », ajoute l'analyste. Il a appris le Coran non sans y mettre un peu de son âme rebelle et fréquenté une école catholique. Il a cherché à noyer ses ennuis dans l'alcool, touché à la coke et fumé de la marijuana dans les tribulations d'une « enfance vagabonde ». Cet avocat sorti de Harvard assume les différentes identités qui s'affirment en lui sans en faire un homme déchiré entre plusieurs cultures: « Une famille blanche, américaine et protestante, une autre indonésienne et musulmane; la troisième kenyanne et religieusement composite », écrit Jean-Michel Aubriet dans Jeune Afrique N° 2452. Conclusion de l'auteur du portrait sur « Barry » : « Un vrai village planétaire! » Ce jeune homme, qui a survécu à des maladies d'Asie (varicelle et rougeole), a fait sensation, en 2004, en s'adressant à la Convention démocrate: «Il n'y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique hispanique, il y a une Amérique des Etats-Unis». Trois ans plus tard, il se lance dans le marathon électoral, sur les marches du Capitole de Springfied, lieu où Abraham Lincoln, en 1858, appela l'Amérique à bannir la ségrégation raciale des pratiques républicaines.

Politique, séduction et ouverture

Il est un homme global. Un homme-monde. Il pose avec sa grand-mère au Kenya, dans une Afrique qu'il n'a pas reniée. Une fierté qui ne le confine pas dans des débats stériles sur les communautés et leurs origines. Son histoire se confond à celle des Luos, peuple nilo-hamitique. « Il ne porte pas en lui la douleur de l'esclavage, de la ségrégation d'ailleurs », écrit Zyad Limam dans Afrique Magazine N°270. Il porte une nationalité et non une race. Il porte l'idéal d'un monde débarrassé des peurs identitaires. Il a le sourire d'un nouvelle espérance qui incarne la séduction et l'ouverture. Le journaliste Limam rapporte le mot aux allures surréalistes d'une éditrice de photo: « Il est touché par la grâce... C'est lui qui illumine la photo ». Se situant au-dessus des clivages raciaux, il rallie des Blancs à sa cause.  Des Noirs lui font le procès de ne pas être tout à fait noir. La carte de la diversité sociale et ethnique le préserve des pièges du contentieux racial dans une société où la ségrégation était encore prégnante, il y a un demi-siècle. Une stratégie payante dans la perspective d'une « société post-raciale » parce qu'il l'emporte dans des Etats comme l'Iowa où les Noirs représentent à peine 2% de la population, relèvent deux « historiens des Etats-Unis », Andrew Diamond, de l'université Lille-III et Pap Ndiaye de l'Ecole des hautes études en sciences sociales dans un article titré « Obama au-delà des races ». L'intéressé lui-même dit, dans une déclaration (« Barack Obama et la question raciale »): « Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les Etats les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs. Cela ne veut pas dire que l'appartenance raciale n'a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises, au cours de la campagne, des commentateurs m’ont trouvé ou «trop noir » ou « pas assez noir ».
Ecartant toujours le commerce des disparités raciales (exploitation électoraliste du procès O. J Simpson, de la bavure du camp Clinton sur le vote racial, du vote blanc prétendument acquis à McCaïn, etc.), le jeune sénateur de l'Illinois embouche la bonne trompette de l'unité de l'Amérique en disant, dans un élan de fierté et de patriotisme : «In our great country» («dans notre grand pays»). Pour lui, « la politique n'est pas un jeu », mais il joue la partition de l'adaptation à toutes les situations: sarcasmes sur l'éducation musulmane qu'il aurait reçue à Madrasa (Indonésie) avant de se convertir au Christianisme, une possible connivence avec les fondamentalistes, consonance arabe de ses deux prénoms (Barack Hussein). La vérité est là : il n'a pas reçu d'éducation musulmane et n'a pas été endoctriné dans une Madrasa, contrairement à une rumeur « relayée par les talk-shows conservateurs et Fox News » puis « démentie par Cnn, Associated Press et Abc qui ont enquêté sur place et rencontré d'anciens camarades de classe » bouddhistes, confucéens, chrétiens et musulmans. Il est « protestant et fréquente depuis plus de vingt ans l’église Trinity United Church of Christ », écrit Isabelle Duriez, correspondante de Libération à New York, le 13 février dernier. Dans un hommage maladroit, le sénateur démocrate Joe Biden l'a présenté comme «le premier Africain-Américain qui s'exprime bien, est intelligent, net et présente bien».

Charisme, maturité et sang-froid

Sans complexe, il oppose son étonnante maturité et son sang-froid à ceux qui lui font grief d'un manque d'expérience. Ils ne se sont pas trouvé une opinion à eux, en suivant l'aventurisme en Irak, rétorque-t-il. Ce quadragénaire au sourire d'ange mais décrit comme un redoutable killer en politique a quelque chose de Kennedy: son charisme. Il est présenté comme un candidat anti-système. Ce symbole d'une alternative générationnelle naguère face au sexagénaire Hillary Clinton et aujourd'hui face au septuagénaire McCaïn, marque une rupture avec une Amérique libérale engluée dans « huit années de conservatisme », Guantanamo, la guerre contre la Djihad, la guerre en  l'Afghanistan et la guerre en Irak... », note toujours Zyad Limam. Elément d'un refus de l'hégémonie des baby-boomers, il est le seul candidat à s'opposer nettement à l'invasion du pays de feu Saddam. Il n'est pas contre toutes les guerres; il est contre celles qui sont « idiotes».
Cet Américain ''pas tout à fait Noir Américain'' est un orateur. Il sait parler avec aisance et transmettre une sorte de magnétisme à ses interlocuteurs. Des observateurs rapprochent son style de celui des rock stars. Un clin d'oeil à Hollywood qui le lui rend bien. George Clooney, la belle Halle Berry, Steven Spielberg, Matt Damon, Barbra Streisand se rallient à ce « vent d'air frais » qui a des attaches en Afrique, en Indonésie et en Amérique. La superstar Oprah Winfrey, icône des talk-shows, parcourt avec lui les territoires de l'Union. Le producteur milliardaire David Geffen et le financier George Soros, étiquetés il n'y a guère «FOB» (Friends of Bill / Amis de Bill Clinton), s'impliquent dans la collecte de fonds électoraux. L'espoir est grand de le voir accomplir le rêve du révérend Jesse Jackson, candidat malheureux aux primaires démocrates en 1984 et 1988. L'espoir est grand de le voir réaliser le rêve de Martin Luther King, pasteur et apôtre d'une Amérique arc-en-ciel. Il n'a pas simplement la baraka. Il a un style accrocheur et des ressources. Passé le temps de l'adversité, l'éloge de Hillary est révélateur, elle qui s'est frottée à cet « Ovni » de la politique : « J'ai pu voir sa force et sa détermination, sa grâce et son opiniâtreté ». Il confirme Philippe Grangeau: « Jamais, depuis un demi-siècle, le parti démocrate n'avait connu si bon orateur». Un demi-siècle, c'est à peu près le début de l'émergence d'un autre phénomène: Kennedy. Un autre locataire du bureau ovale convoité par le jeune métis à la verve déroutante.


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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 16:27
MUGABE À L'ÉPREUVE DE SA SORTIE DE SCENE
Le clair-obscur d'une lumière de la lutte pour l'indépendance

Par Habib Demba FALL

«Seul Dieu peut me retirer le pouvoir...» Mugabe dixit. Tsvangirai a jeté l'éponge. Il n'est pas ce « Dieu » qui tient son adversaire droit dans son costume de chef d'Etat. Il n'a non plus engagé le bras de fer contre l'élu... de « Dieu », Robert Mugabe. Morgan Tsvangirai a eu une colère à hauteur d'homme. Une simple colère d'adversaire dépité par les « décrets » électoraux volatiles et les bravades verbe uses qui fusent des deux camps. Il défie l'élu de « Dieu » autrement: en boudant le second tour de la présidentielle. « Dieu » peut le faire partir. Soit. Mais Mugabe a assez d'aura et de ressources pour éviter de s'accrocher au pouvoir. Et à tout prix! Pour éviter que le démon tenté par le pouvoir absolu, selon ses détracteurs, prenne le dessus sur l'ange admiré par des générations entières d'Africains. A la rencontre d'un héros aujourd'hui dépeint comme un despote.

 A le regarder, nombre d'Africains s'attardent moins sur ses rides d'octogénaire que sur le caractère lisse des faits d'armes d'un vieux combattant de la libération. La mémoire, lieu de sauvegarde des fiertés pour les peuples, lui attribue un piédestal au cénacle des acteurs de l'Histoire. Le souvenir défie les infidélités du temps. Robert Mugabe, dans l'imaginaire et dans le quotidien de beaucoup de ses admirateurs, reste encore dans la force de l'âge par la grâce de ses convictions, malgré les convulsions politiques voire politiciennes.  Une histoire qui ne porte aucune ride, sauf à rester sur la note discordante d'une sortie qui menace de virer à la cacophonie. Le long feuilleton électoral n'a rien d'un combat pour la libération. A moins qu'il ne faille libérer... la démocratie de la forte tentation du chaos dans un pays aux équilibres politiques, économiques et sociaux déstructurés. Après avoir mené un grand combat pour l'indépendance de son pays et entrepris une réforme agraire avec un fracas retentissant à tous les vents, Mugabe fait face à un nouveau défi: la dimension de la porte à travers laquelle il va quitter la scène politique. Petite? Grande? La musique d'accompagnement est variable : un hymne au héros pour ses partisans et un requiem pour un libérateur étiqueté ''despote'', sur les dernières foulées de sa vie, par ses contempteurs. Ces deux paramètres campent le décor pour le jeu en clair-obscur prêté à un acteur de la libération. Sur cette scène, il a un crédit d'historique menacé d'amenuisement par la conjoncture  politique. La sentence est cruelle: « Je n'arrive pas à comprendre comment des gens qui ont souffert entre les mains d'oppresseurs ont pu se transformer en oppresseurs eux-mêmes ». Le propos traduit toute l'indignation de Judith Garfield Todd, une opposante blanche dont le père libéral a été emprisonné par le régime de Ian Smith dans son livre "Through the darkness, a life in Zimbabwe" (Une vie dans les ténèbres, au Zimbabwe).
D'une époque à une autre, cette lumière de la lutte pour la libération est accusée de précipiter son pays dans les abîmes d'une déchéance devenue presque ordinaire. La lumière Mugabe a éclairé les premiers pas du Zimbabwe sur la scène internationale. Il a contribué à créer un pays sur un territoire conquis par les Britanniques. Il a su inventer une fierté sur les cendres des hontes servies par la ségrégation raciale. Au fils d'un immigré du Nyassaland (le nom colonial du Malawi jusqu'en 1964, en référence au lac Nyassa), Dieu lui a servi de torche pour cheminer parmi les périls de la résistance. Né le 21 février 1924, Robert Gabriel Mugabe, de son vrai nom, s'est taillé une réputation d'un des « pères de l'indépendance » de l'ancienne Rhodésie du Sud qui, avec l'actuel Malawi et la Zambie (ancienne Rhodésie du Nord), constituaient la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland.

ENFANT SOLITAIRE PUIS UNIVERSITAIRE AU BAGOUT CONSISTANT


Le 17 avril 1980, date de la fin de la colonisation, le stade de Harare (ancienne Salisbury) résonne au rythme chaloupé de la chanson « Zimbabwe ». Un autre « Bob », Marley celui-là, magnifie les hauts faits d'armes des camarades de « Bob » Mugabe sur des airs de célébration de la liberté en Afrique. Un hommage du reggae au dernier-né des Etats sur le continent. La Rhodésie de la minorité blanche prend des couleurs sur la scène internationale. La parenthèse sanglante de la guerre de libération se refermait sur cette note d'espoir. Fort de cette légitimité historique, Mugabe est Premier ministre de cet grenier à blé de l'Afrique. Ayant assimilé les enseignements de la mission catholique jésuite de Katuma, dans le Nord-Est de la capitale où il a séjourné dans sa jeunesse, le « Camarade » Bob sait ce que « espoir » et « souffrance » veulent dire. Il s'est très tôt frotté aux rigueurs de la vie, son père ayant abandonné le domicile familial alors qu'il n'avait que dix ans. Un autre combat qu'il a gagné en se forgeant un mental et en déblayant le chemin des gloires républicaines. A côté d'une mère qui l'entoure d'affection, cet enfant solitaire, issu de la tribu des Shonas, ne consacrera pas sa vie à se contenter du seul « diplôme » d'historique de la lutte pour l'indépendance. Il n'est pas la caricature d'un dirigeant inculte et à la fine moustache. Il décroche pas moins de sept diplômes académiques. Entre autres, il a une licence en enseignement de l'Afrique du Sud, à l'âge de dix-sept ans, il intègre  l'université de Fort Hare (Afrique du Sud) pour étudier l'anglais et l'histoire. Il , parmi ses condisciples, Julius Nyerere, Herbert Chitepo, Robert Sobukwe et Kenneth Kaunda. Il y rencontre aussi l'icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela. Il raffole du thé et des costumes de Savile Row. Insatiable, il obtient une licence d'économie à l'université de Londres. Il aurait revendiqué un parchemin inédit : « un diplôme en violence », selon l'article « The man behind the fist » publié par « The Economist » le 31 mars 2007. Pendant trois ans, il a enseigné à Lusaka (capitale de l'ancienne Rhodésie du Nord devenue Zambie) ou encore à Accra au Ghana. Il y rencontre une collègue qui deviendra sa première épouse en 1961 : Sally Heyfron. Un tournant, selon ses contempteurs qui expliquent les dérives du régime par le choc. D'autres convoquent le cocktail idéologique explosif fait d'éducation jésuite, de survivances du marxisme-léninisme et des déviances d'un symbole de la guérilla maoïste. D'autres enfin, mettent en cause l'impossible mutation des libérateurs en gestionnaires. L'ivresse d'un pouvoir?

PATRIOTISME ÉCONOMIQUE ET DÉSASTRE SOCIAL


L'homme, qui a eu un cursus universitaire aussi brillant que celui de héros du maquis, menace de devenir une ombre dans le tourbillon politicien qui torture son aura à maints égards. Au patriotisme qui porte son combat pour l'indépendance, succède un patriotisme économique. Ainsi est née la réforme agraire. 4.000 fermiers blancs détiennent 70% des terres arables « confisquées » un siècle plus tôt. Leur expropriation est décrétée 6 avril 2000, malgré un « non » au référendum et malgré qu'ils aient régulièrement assuré 80% du revenu national. La Grande-Bretagne, terre dite d'origine de ces Blancs, doit financer cette réforme, avec les Etats-Unis. Des voix se lèvent pour fustiger le lien fait entre ces fermiers et l'ancienne puissance coloniale. Mugabe persiste. Des Blancs y laissent leur vie. Certains choisissent la voie de l'exil. Les dignitaires du régime s'emparent des fermes. Ils sont appelés « fermiers cellulaires ». Ils sont ministres, ambassadeurs, patrons d’entreprises publiques ou vétérans de la guerre d’indépendance, les fameux « war vets ». Désillusion. A la suite des Blancs, pas moins de trois millions de Noirs quittent leur pays devenu inhospitalier. L'ancien grenier s'accroche à l'aide alimentaire sous le harcèlement de la famine. Les aléas de l'importation sont insupportables pour un pays dont 70% des citoyens sont sans emploi. Les coupures d'électricité paralysent le système d'arrosage. Les plants ne seront pas verdoyants, encore moins productifs. La malnutrition parcourt les rues. L'inflation caracole à des pics de 100.000% ! De nouvelles lois octroient des parts de 51% à des Zimbabwéens noirs dans le capital des entreprises. Fondé sur des critères raciaux, le patriotisme économique, version "Black empowerement", montre ses limites. Son théoricien et maître d'oeuvre aurait trahi les accords de Lancaster House (en Grande Bretagne, en décembre 1979) qui accorde des garanties économiques et politiques aux Blancs, de même qu'une perspective d'élections multiraciales.
 A l'époque, les pressions de ses amis Kenneth Kaunda et Samora Machel avaient fait effet pour motiver la signature de ce document qui conduira à l'indépendance. Aujourd'hui, l'Occident lui envoie les critiques des plus virulentes. « Mugabe est une honte pour le peuple du Zimbabwe, pour l'Afrique australe et le continent dans son ensemble », souligne  la Secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice. Les « atteintes massives » aux droits de l'homme, à la liberté d'opinion et à la liberté de la presse lui valent les remontrances d'un Parlement européen scandalisé par le « climat de peur et de désespoir ». Le Congrès des Etats-Unis, il y a cinq ans, lui collait une étiquette de « raciste ». La même année, le Commonwealth confirme la suspension du Zimbabwe. Pied-de-nez :   Mugabe désaffilie son pays. en 2005, George Bush le cite parmi les visages les plus hideux de la tyrannie, aux côtés de Cuba et de la Corée du Nord. Il tient bon et lance une profession de foi : « Les Zimbabwéens ne mourraient pas de faim ». Interdit de voyage sur le sol de l'Union européenne depuis 2002, la France le snobe pour le Sommet France-Afrique de Cannes en 2007.

NOUVEAU RENDEZ-VOUS AVEC L'HISTOIRE


Le reste du monde le qualifie donc de « despote » en écho au désaveu du Révérend Desmond Tutu qui le dépeint sous les traits de « caricature de la dictature africaine » mais aussi aux critiques de la légende vivante Nelson Mandela et l'ancien président zambien, Kenneth Kaunda. Le président du Zimbabwe maintient le cap, aux côtés de sa superbe Grace, sa secrétaire qu'il a épousée à la mort de sa première épouse, à la fin de l'année 1992. Il compte sur le soutien de Sam Nujoma et dénonce, comme au récent sommet de la FAO, des velléités impérialistes de la part de la Grande-Bretagne. Pas complexé pour un sou, le routier d'Afrique australe « déshabille » Tony Blair en le traitant de «petit garçon en short». Son successeur, Gordon Brown, ne veut pas de lui à Lisbonne, pour le sommet de l'Union européenne-Afrique de 2007. Soutenu par l'Afrique, le vieux combattant défie Londres soutenue par la Suède et la Norvège. Le Portugal ne délivre pas d'interdiction au chef de l'Etat de l'ancienne Rhodésie du Sud, même s'il a dit qu'il était « préférable » qu'il n'assistât pas au sommet. « J'y vais », décide Mugabe. Il y sera. Brown boycotte.
Les évènements s'enchaînent. Les élections générales du 29 mars 2008 ont mal tourné, selon l'Occident. Agacées, certaines voix déplorent la complaisante attention des Africains, surtout des pays voisins peu portés à le condamner publiquement. Quatorze pays membres de la é pour le Développement de l'Afrique Australe (Southern African Development Community/SADC) ont donné un quitus au déroulement d'un scrutin qualifié d'« expression pacifique et crédible de la volonté du peuple du Zimbabwe ». L'Union africaine (UA) et des pays amis comme la Chine, l'Iran et le Venezuela avaient dépêché des observateurs tandis que la porte était fermée à l'Union européenne et aux Etats-Unis. Président du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai boude le second tour. Il s'est visiblement remis des bastonnades passées, mais sait ce dont son vis-à-vis est capable. processus dans l'impasse. Des lendemains incertains. On rappelle l'opération Murambatsvina (enlever la saleté) qui l'a vu raser, en 2005, des bidonvilles « favorables » à l'opposition. On rappelle aussi la répression sanglante, en 1983, par le Premier ministre (1980 à 1987), de la révolte des partisans de Joshua Nkomo au Matebekekand (fief des Ndébélés, rivaux du groupe shona auquel il appartient). Chef d'Etat depuis 1987, il a lancé, entre 1998 et 2000, une aventure « ruineuse » en République démocratique du Congo: des dépenses d'un million de dollars par jour pour préserver Laurent-Désiré Kabila des assauts de la rébellion d'une partie de ses troupes ayant des bases arrières en Ouganda et au Rwanda. Gains immédiats: quelques-uns de ses hommes se sont enrichis au Katanga; il obtiendra le droit d'exploitation de cobalt et un accès au trafic de diamants.
Un visage peu lisse qui est corrélée à une constante liée à l'actualité : le pays souffre. Un défi pour Mugabe qui sait ce que cela veut dire. Il n' a pas été épargné par la vie. Il combat le régime blanc raciste dès 1960. Il croupit en prison de 1964 à 1974. Lorsqu'il perd son fils, l'administration Ian Smith lui refuse la permission de se rendre à l'enterrement. De le regarder pour une dernière fois. Cela ne le démolit pas. Il refuse de marchander sa liberté. Mieux, il a eu de grandes dates dans sa vie. Et sans répit! Il se définit comme un marxiste-léniniste-maoïste. Il milite au Parti national démocratique (National Democratic Party - NDP) devenu Zimbabwe African Peoples Union (ZAPU). La formation est interdite par le gouvernement blanc de Ian Smith. En 1963, il crée son propre parti, le Zimbabwe African National Union (ZANU). En 1974, il prend la direction de la branche militaire de la ZANU, la ZANLA (Zimbabwe African National Liberation Army). Réélu en 1990, il a été tenté de transformer l'Etat en régime marxiste en 1990. La chute du mur de Berlin, avec la fin des régimes communistes, voit s'effondrer ce projet. A la faveur de la guerre civile en 1987, il a fait disparaître de facto toute opposition au Parlement avec la fin de la représentation blanche et la fusion de la Zapu de Nkomo dans la Zanu. Il règne en roue libre. Cinq mandats pour vingt-huit ans de présence au sommet de l'Etat. Un nouveau rendez-vous avec l'Histoire pour un sixième à problèmes. Et surtout cette autre phrase qu'on lui attribue et qui porte en elle les germes du chaos:  « Jamais l'opposition n'arrivera au pouvoir ». Et si le verdict des urnes disait le contraire? C'est son plus grand combat. Et seul Dieu pourrait le préserver des envies de forcing. Avec la bonne volonté du vieux combattant de la liberté...

Sources :
« Mugabe candidat au despotisme éternel au Zimbabwe » de Pierre Haski, Rue89.com du 28 mars 2008
« Robert Mugabe, le pouvoir à tout prix au Zimbabwe » de Fabienne Pompey, Le Monde du 29 mars 2008
« Robert Mugabe, l’instinct de conservation » de Christophe Ayad, Libération du 8 avril 2008
« Mugabe, héros ou tyran » de François Soudan, Jeune Afrique n°2447 du 2 au 8 décembre 2007

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