REGARD SUR UN HOMME-MONDELa baraka et le style d'une rock star de la politique
Un phénomène de la politique américaine. Inconnu du grand public il y quelque temps, Barack Obama casse littéralement la... baraque! Regard sur une rock star de la scène politique qui séduit les foules et les individualités.
Un Noir ou une dame? Quel qu'eût été le choix des démocrates dans ces primaires, il se serait passé quelque chose de nouveau sous le ciel politique américain. Le choix entre une Hillary Clinton, ancienne locataire de la Maison Blanche aux côtés de son époux Bill, et Barack Obama n'a jamais été un choix quelconque. Même l'étiquette « Noir tendance Métis », formule pudique collée à Obama par des observateurs, ne sort pas le face-à-face de son registre peu ordinaire. Au bout d'un duel époustouflant, avec des étapes surmontées comme des haies dans une course d'obstacles, les Démocrates ont choisi le sénateur de l'Illinois, inconnu du grand public il y a trois ans. Il a la baraka à laquelle son premier prénom (''Barack signifierait ''béni des dieux'' en swahili). A côté de cet affrontement inédit, les primaires républicains passent pour un court chemin tranquille, avec, à la clé, la victoire d'un profil peu surprenant pour les conservateurs: John McCaïn, vétéran du Vietnam. Avec Obama, les Démocrates reprennent le collier après avoir sorti des candidatures aussi inédites que celles de John Fitzgerald Kennedy et Bill Clinton. Le profil de rock star de la politique trouvé à Obama colle à l'emploi d'une Amérique qui, il y a huit ans, a préféré la « ranger » George W. Bush à l'homme au style ''premier de la classe'' qu'est Al Gore. Cette Amérique avait aussi sorti du grand écran un certain Ronald Reagan et consacré, en Californie, la star de Hollywood Arnold Swartznegger, symbole du rêve américain dont les racines sont à chercher en Autriche. Barack Obama a des racines africaines et indiennes ''cherokee''. Son aura a poussé au coeur de l'Amérique. Au coeur des diversités. Il est né à Honolulu, à Hawaï, un Etat au carrefour des races, d'un père kenyan et d'une mère blanche du Kansas. Il a passé quatre années à Jakarta, sa mère Ann Dunham s'étant remariée avec un étudiant indonésien.
« Ni tout à fait noir, ni tout à fait chrétien, ni tout à fait américain »: voilà comment il est décrit par Philippe Grangereau, sur Libération.fr, le 4 juin dernier. « Pas facile pour un candidat à la Maison Blanche », ajoute l'analyste. Il a appris le Coran non sans y mettre un peu de son âme rebelle et fréquenté une école catholique. Il a cherché à noyer ses ennuis dans l'alcool, touché à la coke et fumé de la marijuana dans les tribulations d'une « enfance vagabonde ». Cet avocat sorti de Harvard assume les différentes identités qui s'affirment en lui sans en faire un homme déchiré entre plusieurs cultures: « Une famille blanche, américaine et protestante, une autre indonésienne et musulmane; la troisième kenyanne et religieusement composite », écrit Jean-Michel Aubriet dans Jeune Afrique N° 2452. Conclusion de l'auteur du portrait sur « Barry » : « Un vrai village planétaire! » Ce jeune homme, qui a survécu à des maladies d'Asie (varicelle et rougeole), a fait sensation, en 2004, en s'adressant à la Convention démocrate: «Il n'y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique hispanique, il y a une Amérique des Etats-Unis». Trois ans plus tard, il se lance dans le marathon électoral, sur les marches du Capitole de Springfied, lieu où Abraham Lincoln, en 1858, appela l'Amérique à bannir la ségrégation raciale des pratiques républicaines.
Il est un homme global. Un homme-monde. Il pose avec sa grand-mère au Kenya, dans une Afrique qu'il n'a pas reniée. Une fierté qui ne le confine pas dans des débats stériles sur les communautés et leurs origines. Son histoire se confond à celle des Luos, peuple nilo-hamitique. « Il ne porte pas en lui la douleur de l'esclavage, de la ségrégation d'ailleurs », écrit Zyad Limam dans Afrique Magazine N°270. Il porte une nationalité et non une race. Il porte l'idéal d'un monde débarrassé des peurs identitaires. Il a le sourire d'un nouvelle espérance qui incarne la séduction et l'ouverture. Le journaliste Limam rapporte le mot aux allures surréalistes d'une éditrice de photo: « Il est touché par la grâce... C'est lui qui illumine la photo ». Se situant au-dessus des clivages raciaux, il rallie des Blancs à sa cause. Des Noirs lui font le procès de ne pas être tout à fait noir. La carte de la diversité sociale et ethnique le préserve des pièges du contentieux racial dans une société où la ségrégation était encore prégnante, il y a un demi-siècle. Une stratégie payante dans la perspective d'une « société post-raciale » parce qu'il l'emporte dans des Etats comme l'Iowa où les Noirs représentent à peine 2% de la population, relèvent deux « historiens des Etats-Unis », Andrew Diamond, de l'université Lille-III et Pap Ndiaye de l'Ecole des hautes études en sciences sociales dans un article titré « Obama au-delà des races ». L'intéressé lui-même dit, dans une déclaration (« Barack Obama et la question raciale »): « Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les Etats les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs. Cela ne veut pas dire que l'appartenance raciale n'a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises, au cours de la campagne, des commentateurs m’ont trouvé ou «trop noir » ou « pas assez noir ».
Ecartant toujours le commerce des disparités raciales (exploitation électoraliste du procès O. J Simpson, de la bavure du camp Clinton sur le vote racial, du vote blanc prétendument acquis à McCaïn, etc.), le jeune sénateur de l'Illinois embouche la bonne trompette de l'unité de l'Amérique en disant, dans un élan de fierté et de patriotisme : «In our great country» («dans notre grand pays»). Pour lui, « la politique n'est pas un jeu », mais il joue la partition de l'adaptation à toutes les situations: sarcasmes sur l'éducation musulmane qu'il aurait reçue à Madrasa (Indonésie) avant de se convertir au Christianisme, une possible connivence avec les fondamentalistes, consonance arabe de ses deux prénoms (Barack Hussein). La vérité est là : il n'a pas reçu d'éducation musulmane et n'a pas été endoctriné dans une Madrasa, contrairement à une rumeur « relayée par les talk-shows conservateurs et Fox News » puis « démentie par Cnn, Associated Press et Abc qui ont enquêté sur place et rencontré d'anciens camarades de classe » bouddhistes, confucéens, chrétiens et musulmans. Il est « protestant et fréquente depuis plus de vingt ans l’église Trinity United Church of Christ », écrit Isabelle Duriez, correspondante de Libération à New York, le 13 février dernier. Dans un hommage maladroit, le sénateur démocrate Joe Biden l'a présenté comme «le premier Africain-Américain qui s'exprime bien, est intelligent, net et présente bien».
Sans complexe, il oppose son étonnante maturité et son sang-froid à ceux qui lui font grief d'un manque d'expérience. Ils ne se sont pas trouvé une opinion à eux, en suivant l'aventurisme en Irak, rétorque-t-il. Ce quadragénaire au sourire d'ange mais décrit comme un redoutable killer en politique a quelque chose de Kennedy: son charisme. Il est présenté comme un candidat anti-système. Ce symbole d'une alternative générationnelle naguère face au sexagénaire Hillary Clinton et aujourd'hui face au septuagénaire McCaïn, marque une rupture avec une Amérique libérale engluée dans « huit années de conservatisme », Guantanamo, la guerre contre la Djihad, la guerre en l'Afghanistan et la guerre en Irak... », note toujours Zyad Limam. Elément d'un refus de l'hégémonie des baby-boomers, il est le seul candidat à s'opposer nettement à l'invasion du pays de feu Saddam. Il n'est pas contre toutes les guerres; il est contre celles qui sont « idiotes».
Cet Américain ''pas tout à fait Noir Américain'' est un orateur. Il sait parler avec aisance et transmettre une sorte de magnétisme à ses interlocuteurs. Des observateurs rapprochent son style de celui des rock stars. Un clin d'oeil à Hollywood qui le lui rend bien. George Clooney, la belle Halle Berry, Steven Spielberg, Matt Damon, Barbra Streisand se rallient à ce « vent d'air frais » qui a des attaches en Afrique, en Indonésie et en Amérique. La superstar Oprah Winfrey, icône des talk-shows, parcourt avec lui les territoires de l'Union. Le producteur milliardaire David Geffen et le financier George Soros, étiquetés il n'y a guère «FOB» (Friends of Bill / Amis de Bill Clinton), s'impliquent dans la collecte de fonds électoraux. L'espoir est grand de le voir accomplir le rêve du révérend Jesse Jackson, candidat malheureux aux primaires démocrates en 1984 et 1988. L'espoir est grand de le voir réaliser le rêve de Martin Luther King, pasteur et apôtre d'une Amérique arc-en-ciel. Il n'a pas simplement la baraka. Il a un style accrocheur et des ressources. Passé le temps de l'adversité, l'éloge de Hillary est révélateur, elle qui s'est frottée à cet « Ovni » de la politique : « J'ai pu voir sa force et sa détermination, sa grâce et son opiniâtreté ». Il confirme Philippe Grangeau: « Jamais, depuis un demi-siècle, le parti démocrate n'avait connu si bon orateur». Un demi-siècle, c'est à peu près le début de l'émergence d'un autre phénomène: Kennedy. Un autre locataire du bureau ovale convoité par le jeune métis à la verve déroutante.

uses qui fusent des deux camps. Il défie l'élu de « Dieu » autrement: en boudant le second tour de la présidentielle.
« Dieu » peut le faire partir. Soit. Mais Mugabe a assez d'aura et de ressources pour éviter de s'accrocher au pouvoir. Et à tout prix! Pour éviter que le démon tenté par le pouvoir
absolu, selon ses détracteurs, prenne le dessus sur l'ange admiré par des générations entières d'Africains. A la rencontre d'un héros aujourd'hui dépeint comme un despote.
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