Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 15:58
Expressions d'une folie ordinaire


L'image « déshabille » toute pudeur: le corps d'un jeune homme, torse nu, ligoté des pieds et des mains dans un entrepôt à Sacré-Coeur III. Aux premières heures de ce lundi, son identité n'avait pas encore été dévoilée. Cette image, à elle seule, donne le corpus de l'innommable. Un coup d'oeil sur les évènements de ces dernières semaines. Une dame du nom de Claude Emonet, âgée d'une cinquantaine d'années, retrouvée morte dans un cimetière de «luxe», sa 4X4. Le score de la déraison, à quelques encablures du stade Léopold Sédar Senghor. Le match, aussi, d'une folle violence au coeur de la cité. Dégât collatéral: une dame, gardée à vue, a choisi de se libérer de la justice d'ici-bas par pendaison. Autre lieu, même style de drame, Guédiawaye. Une jeune fille dépecée et enterrée. Le meurtrier de Fatou Selbé Diouf, 12 ans, a été lapidé par la foule avant de rendre l'âme dans les locaux de la Police. Déficient mental certifié par les autorités sanitaires, il n'a pas été pris en charge par la société, elle-même folle de ses manquements au devoir de protection populaire.
Voilà quelques tableaux de la folie ordinaire. La vile envie de faire souffrir et mourir est banalisée comme si leurs auteurs ont coupé le nerf sensitif de leur conscience pour faire de leur âme le centre nerveux d'une fibre monstrueuse. Voilà encore les stigmates d'une société qui produit de la violence. L'élan d'hystérie morbide est symptomatique d'un mal qui s'est saisi de la société sénégalaise. Le principe de la condamnation ne suffit plus à atténuer, jusque dans leurs manifestations les plus silencieuses, la douleur des parents de victimes. La    seule condamnation ne rassure pas de simples citoyens dans leur aspiration légitime à élever leurs enfants dans un cadre apaisé. Offrir à ces jeunes les images de suicide est le traumatisme des générations futures, au-delà des cauchemars présents.
La récurrence des actes de violence produit un public blasé par l'ampleur du mal. Le champ de l'information tourne à grande vitesse. Il y a tant d'abject à raconter qu'on en oublie la mesure  de la violence. Un suicide traité comme un simple fait divers, dans la masse d'informations fast-food. Le fait est vite traité, vite consommé pour passer à une autre édition.
Dans l'espace public, nombre d'acteurs produisent de la violence dans leurs discours. Le champ lexical est conforme à la musique fatale des bottes sur le terrain militaire : démantèlement, liquidation, abdication, armistice, tir groupé, rafale, rébellion, bombe thermonucléaire, etc. C'est le décor d'une scène où le dialogue, même violent, cède la place à la science du traquenard. Le mépris avec lequel certaines questions d'intérêt public sont traitées incite quelques citoyens à penser que la réponse adéquate n'est autre que la violence. Une posture inadéquate car il existe d'autres réponses à des préoccupations liées à la sécurité publique, la crise alimentaire, la question de l'énergie, la déchéance des icônes du sport, etc. Le mécontentement est un fait dont l'expression est admise en démocratie. Seulement, le lieu de rupture entre cette logique de surenchère et la logique républicaine est la légalité. L'Etat a son rôle à jouer pour gommer toute image d'arrogance dans la prise en charge des questions politiques, sociales, économiques, culturelles et sportives. Il lui appartient de veiller à la sauvegarde du pacte de confiance entre gouvernants et g ouvernés.
Dans une autre mesure, il appartient au citoyen de se soustraire à la tentation du chaos dans la formulation de ses droits et dans la prise en charge de ses devoirs. Il nous faut gommer, à jamais, cette image de Sénégalais qui s'immolent au feu pour une audience manquée avec une autorité, une situation d'insolvabilité ou un sentiment d'oubli dont il serait victime de la part de sa famille politique. La pudeur interdit de démentir les morts jusque dans ce que leur attitude a eu de discutable de leur vivant. Cependant, la logique politicienne ne peut prospérer sur la raison. Il faut arrêter de nous faire croire que le statut d'ancien combattant déçu de la politique est un motif de suicide. Voilà encore un aveu de la primauté du parti et de quotataires sur la République dont la réalité s'étend quand même à 11 millions de Sénégalais. N'en déplaisent aux auteurs de ces avis de suicide qui commencent à meubler la boîte postale d'opposants pour fixer la date de leur mort. Sauf si le pouvoir réagit et garnit leur compte en banque! Une sorte de grande battue a été organisée au prétexte de « sauver » du suicide un monsieur il y a quelques jours. La morale commande de briser cette spirale. Combien de citoyens se battent, avec courage et dignité, au coeur de problèmes apparemment insolubles? Ce n'est pas sérieux et ce n'est un parti-pris pour qui que ce soit que de le dire... Ceux qui ont choisi la vie en savent quelque chose. Durement parfois!













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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 18:25

PS et Afp : deux bateaux, un capitaine?


La chanson de Gabriello l'a dit: « Avant d'être capitaine. Il faut être matelot.... Le matelot en arrivant de croisières lointaines, voit que les honneurs, les rubans, sont pour son capitaine.. » En politique, assez souvent, personne ne veut être matelot. Chacun, sur son bateau, fixe le même horizon, avec la même ambition: être capitaine. La réalité de l'opposition non parlementaire ou dite significative selon d'autres, renvoie à cette image de deux bateaux, chacun sous la responsabilité d'un capitaine. Le Parti socialiste et l'Alliance des Forces de Progrès sont les deux moteurs de l'alternative au pouvoir libéral. D'une part, il y a Ousmane Tanor Dieng, Secrétaire général du Ps et Moustapha Niasse, patron de l'Afp. Aucun, pour le moment, ne s'imagine laisser les honneurs de chef de l'opposition à l'autre et, par la même occasion, recevoir des consignes, au porte-voix, en haute mer. 
Tanor a été matelot sous le capitaine Abdou Diouf. Il a porté la blouse de laine, le béret et est monté au mât sous le label de la refondation. Par vents et houles, les déflagrations du Congrès dit sans débat de mars 1996 et l'apprentissage des rigueurs de l'opposition lui ont donné la légitimité de chef incontestable du nouveau Ps. Après l'alternance, il a tenu la barre au coeur d'une violente tempête qui a fait vaciller sa légitimité. Il se glorifie d'avoir fait de la maison verte, enlaidie par l'usure du pouvoir de quarante ans, un lieu attrayant. Il a aussi positionné le parti en troisième position, derrière Wade et Idrissa Seck à la présidentielle 2007, non sans contester, bien sûr, les résultats.
Niasse a souqué dur et attendu son tour. Il a gagné des galons. Le navire socialiste n'a pas voulu de lui comme capitaine. Il refusera d'être un matelot formé à l'école de Senghor et qui en sera réduit à servir un capitaine qui ne doit ses galons qu'à la seule volonté du président Abdou Diouf, « OTD ». L'ancien Premier ministre puis ministre des Affaires étrangères a lancé un vibrant appel en juin 1999 : « J'ai choisi l'espoir ». En mars 2000, il est devenu faiseur de roi grâce au
x performances de son Code 2000 (Coalition de l'espoir) au premier tour. Au détriment de sa famille politique!
Il faut chercher les raisons de ces raideurs entre Socialistes dans la rupture entre Niasse et le Ps, mais aussi dans le débat sur le leader de l'opposition au sortir des Législatives du 29 avril 2001. Pendant longte
m ps, il y a eu la rivalité entre la logique du plus grand nombre de voix incarnée par le Ps et celle du plus grand nombre de députés prônée par l'Afp (11 contre 10). Plus tard, les deux navires Ps et Afp se croiseront dans l'opposition à la faveur de la fin du compagnonnage entre Moustapha Niasse et le président Wade. Le Cpc (Cadre permanent de Concertation de l'Opposition) a pour vocation de devenir l'appareil qui fédère les stratégies de prise en charge des frustrations politiques et républicaines. Un troisième ex-pilier du Ps sera à leurs côtés, Djibo Kâ. Confronté au défi de rebondir après sa consigne de vote en faveur de Diouf, le leader de l'Union pour le Renouveau démocratique (Urd) utilisera son expérience des affaires publiques et sa compréhension de la chose politique pour se hisser au premier plan. La stratégie sera payante d'autant qu'il comprendra très vite qu'il était temps de quitter le navire Cpc dans lequel il était toujours pris entre deux frontières : le feu brasier d'un déçu de l'alternance qui veut se refaire dans l'adversité avec Wade et les cendres chaudes des illusions socialistes appelées à disparaître sous l'eau d'une « opposition républicaine ». La récente passe d'armes entre Djibo Kâ et des responsables socialistes sur le soixantième anniversaire du Ps confirme la difficile cohabitation entre « Verts » séparés, il y a une décennie, par des approches différentes, au-delà de la revendication de la même pensée politique.
A la veille des législatives initialement prévues en 2006, la question du leadership n'a pas été vidée. Le report a donné du temps à l'opposition. En 2007, les difficultés n'ont pas été aplanies. Entre-temps, le Cpc a fait place à la Cpa (Coalition populaire pour l'alternative). La candidature unique est toujours un sujet qui fâche.
La Coalition Alternative 2007 (Afp de Niasse, Rnd de Madior Di
ouf, Pit de Dansokho) a fait écho à la Coalition Jamm-Ji (le Ps de Tanor, la Ld de Bathily, le G10...) Plus tard, Idrissa Seck que l'opposition s'était empressée de recruter comme arme fatale contre Wade de la même manière qu'elle ouvre ses volets à Macky Sall aujourd'hui, faussera compagnie à ce dernier cadre de l'opposition à la faveur de ses retrouvailles annoncées avec le président Wade. Pour la présidentielle, Moustapha Fall « Ché », leader d'Action Patriotique pour la Libération (Apl), a proposé une candidature triangulaire Niasse-Tanor-Bathily. A défaut de se choisir un capitaine, l'opposition s'en choisit... trois! Elle laisse le soin aux urnes d'imposer, dès le premier tour, le capitaine qui aura la lourde mission de déménager le bateau Pds du Palais de la République au second tour de scrutin. Le plébiscite du candidat-président, Me Abdoulaye Wade, dès le premier tour, laissera le projet sans suite. Les nouveaux jours d'opposition sont durs. Idrissa Seck, libéral pur jus, en conflit avec ses frères, arrive devant Tanor et Niasse. Même au coeur de la spirale inflationniste, l'opposition peine à construire un discours alternatif. L'illusion de l'exercice d'expertise conceptuelle, à longueur de communiqués produit un piètre effet dans une société où le rapport au discours politique est physique, affectif et même matériel. Aveu de Moustapha Fall « Ché » dans un entretien accordé à notre confrère ''Le Quotidien'' : « Il y a une forte rivalité entre les partis les plus puissants de l'opposition. Il faut que le Ps et l'Afp, pour être clair, vident honnêtement leur contentieux et le problème de leadership sera réglé ». La situation n'a pas évolué. A chaque énoncé portant sur une stratégie de conquête du pouvoir, un pôle est créé ou réactivé. Il y a une curieuse coïncidence entre la célébration en pompes du soixantième anniversaire du Ps et la relance de la machine électorale CA 2007. Cela signifie qu'à défaut de surmonter les vagues crées par le fameux « contentieux », chacun cherche une certaine légitimité dans ses propres alliances au sein du cadre unitaire (Cpc, Cpa et aujourd'hui le Front Siggil Sénégal -Fss). Disons, des raisons de se faire capitaine de son propre bateau au lieu d'être matelot sur un navire plus important, la coalition...

HDF

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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 06:06
Le nouveau rêve américain, c'est bien Obama!

 Le nouveau rêve américain est un jeune homme de 47 ans: éloquence, maîtrise de la communication, audace, charisme, multiculturalité, art de la séduction, présence sur scène, absen ce de complexe... Cet homme est un ovni de la politique inconnu du grand public il y a trois ans et dont dont la couse finit dans le célèbre bureau ovale de la Maison Blanche. Il est comme engagé dans un conte politique, avec ses flots d'émotions générées par le charme d'un candidat produit d'un métissage africain-américain-indien cherokee. Il est un homme-monde qui sublime le rêve américain autant qu'il lui apporte la fraîcheur. La preuve à travers ces propos tenus lors de la convention démocrate de 2004 : « Jamais mon histoire n'aurait été possible dans un autre pays de la planète ». Dans ce pays-continent où les Noirs sont sortis de la nuit de la ségrégation électorale il y a un demi-siècle environ, cet avocat, né d'un père kenyan et d'un mère blanche du Kansas, symbolise à lui seul une révolution. Il est le flambeau d'une Amérique post-raciale. Profession de foi faite lors de la Convention démocrate: « Il n'y a pa s une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique hispanique, il y a une Amérique des Etats-Unis ». Intime conviction d'un praticien du droit qui se garde d'assumer le contentieux racial dans un mémorable discours sur ce thème. « Trop noir » ou « pas assez noir »? Peu importe. Dès les primaires, il s'impose dans des Etats comme l'Iowa (2%) de Noirs et la Caroline du Sud. Hier, c'est l'Indiana, ce Nord acquis à la famille républicaine qui lui a tendu ses voix.
Le génie politique de cet homme n'est pas d'être le premier Noir à une position aussi avancée dans la stratégie de conquête de la Maison Blanche. Ce génie est à la fois dans la posture de ne pas souffrir du complexe de la race et dans la lucidité de ne pas en faire une blessure de guerre. Un placement à forte teneur émotionnelle avec, comme objectif, une rente électorale. Le retour sur investissement n'est pas chose trop sûre.

Ambition et persévérance

Ce pays est blanc à environ 75%. Un Noir sur cinq est  privé de son droit de vote à cause d'une condamnation pénale. Pour être le président de tous les Américains, il faut essayer de convaincre tous les Américains. Sans couleur. Il le sait. Il refuse de s'enfermer dans le ghetto culturel. Il embrasse indifféremment sa grand-mère africaine noire au Kenya et sa grand-mère américaine blanche à Hawaï. Le décès de cette dernière, à vingt-quatre heures du scrutin, laisse couler, sur ses joues, les larmes de la reconnaissance vis-à-vis d'une dame qui l'a forgé dans le moule de l'ambition saine et de la persévé rance. Ouvrir la porte à la question raciale, c'est aussi faire de la place à une autre problématique identitaire: la religion. Musulman, chrétien? L'Amérique s'est posée la question sans que ses adversaires aient pu confondre celui a réussi à mettre la nationalité au-dessus de la race. Symbole évocateur, cette phrase de son colistier Joe Biden: « C'est notre tour, c'est le tour des Etats-Unis ». Un Blanc et un Noir, main dans la main. Le rêve de Martin Luther King en vrai. Il ne souffre pas de complexes. Citoyen à part entière, il dit : « dans notre si grand pays ». L'ancien combattant, fait prisonnier plusieurs années durant au Vietnam, ne lui refile pas le péché de l'inexpérience. Obama assume la différence lorsque le candidat républicain lui reproche son ignorance des grands dossiers stratégiques. « C'est vrai, je ne comprends pas l'invasion d'un pays où nous n'avons rien à faire (ndlr: l'Irak) ». Il n'est pas contre les guerres. Il lui faut faut simplement une raison essentielle pour y adhérer. Il assume sa trajectoire et son époque. Il est conscient que le Vietnam n'est pas une université de l'absurde pour former des chefs d'Etat. Il a fait l'université qu'il lui fallait, le Harvard, pour humer à plein poumons l'air de cette autre plus grande université, celle de la vie. Une parenthèse des héros de guerre est fermée. La démocratie élargit la palette de profils de présidentiables.

Un appel d'air

 Sa victoire ouvre une nouvelle page d'histoire. L'Amérique allège sa conscience, pour la postérité, en ayant, à compter de ce jour, choisi un Noir pour le diriger sans que celui-ci ait eu besoin de porter l'étendard racial comme un GI's exhiberait une blessure de guerre. L'avantage, avec Obama, un homme qui ne porte pas les stigmates de la ségrégation raciale, est que le débat public est décloisonné de ses raideurs sociologiques. Il est un espoir pour un pays qui continue de vivre dangereusement à crédit. Le surendettement permanent, conjugué aux effets de la crise internationale et du surenchérissement des coûts du pétrole et aux secousses de la crise des subprimes, provoquent un appel d'air. La mobilisation est exceptionnelle. De 124 millions d'électeurs il y a quatre ans lors du face-à-face Bush-Kerry, le corps électoral grossit de 8 à 10 millions d'électeurs. Le taux de participation devrait être élevé. Dans des Etats comme la Virginie, il était de 30% à 10 heures et, le soir, les prévisions affichaient 70%. Le taux moyen était de 56%. En vérité, cette élection n'est pas ordinaire. Il s'agit bien d'un référendum présidentiel qui s'est décliné en ces termes: pour ou contre les années Bush? Des années de peur, de coups de force, de récession et de fracture culturelle après le 11 septembre 2001. La solution à la crise est globale. Un homme-monde comme Obama a le profil pour engager la bataille de la paix et la gagner. Une autre guerre. Le monde s'est donc pris de passion pour Obama  au point d'ignorer que c'est le président des Etats-Unis qui allait être élu. L'Afrique surtout. Il lui faudra faire face au poids des traditions et aux lobbies. Le candidat Obama deviendra le président Obama. Ce sera pour défendre les intérêts de son pays qu'il a été élu quelle que soit l'ouverture qu'il prônera. Il pourra apporter sa touche. L'issue du vote lui en donne l'occasion. Il en est conscient. « Ici, en Virginie, une voix peut changer le monde ». Une de ses dernières phrases en campagne électorale. Un de ses premiers chantiers dont l'importance se mesure à l'aune de la ferveur qui, sous toutes les latitudes, a accompagné cette élection inédite. C'est son tour, lui qui fait partie, avec John Kennedy, Franklin Roosevelt et Bill Clinton, des plus jeunes présidents américains.
HDF














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