Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 21:38

La Jamahiriya perd son visage

Dans sa splendeur, il s’est choisi une vie ; dans la décadence, il s’est aussi choisi une mort. Jusque dans la tragédie d’un héros solitaire, Kadhafi aura accompli deux rêves : vivre en héros et mourir en martyr. Jeune, son orgueil le porte à la hauteur des causes émancipatrices. Il s’adosse à l’histoire de sa famille qui a pris une part active à la lutte contre les Italiens. Il est fasciné par l’Egyptien Nasser, icône de la nationalisation du Canal de Suez. A 17 ans déjà, il initie ses « premières activités révolutionnaires » avec ses camarades de l’école de Sebha. Sitôt le diplôme en droit obtenu en 1963, il prend le chemin de l’Académie militaire de Benghazi. La marche vers sa révolution commence pour emporter le Roi Idris 1er, le 1er septembre 1969. Sa trajectoire et l’histoire de sa famille sont convoquées lorsque la tempête de feu frappe les bases de sa « démocratie directe » dans la foulée du ‘’Printemps arabe’’. Créée en 1978, la Jamahiraya, qui le fait passer du titre de « président » à celui de « guide », chancelle.

Kadhafi a toujours revendiqué sa part de légitimité dans le passé, le présent et l’avenir de la « terre de (ses) ancêtres ». Adorer la Libye, y vivre et y mourir sous l’arme de l’étranger sont devenus comme des dévotions pour lui. Acculé, il s’exile dans ses propres certitudes de résistant. Le rapport des forces lui est défavorable. Le monde est resté sourd aux vertus de l’organisation du peuple en comités révolutionnaires et aux réponses à la demande sociale. Le contexte mondial fait bouger les lignes des revendications populaires. Les nouvelles demandes démocratiques légitiment un devoir d’assistance et relèguent, au second plan, la calculette qui consacre la bonne santé des agrégats économiques. Le bien-être n’est plus, simplement, dans l’assiette ; il est dans le souffle apaisant de cette envie de liberté(s). L’ingérence a le quitus d’une mission salvatrice. L’Otan déploie ses ailes dans le ciel de Benghazi. Une révolution s’affaisse. Reste à effacer le visage de ce système de gouvernance. Kadhafi met plusieurs semaines à prendre la balle fatale. Les lois de la géopolitique le savaient fini mais les règles militaires se faisaient un point d’honneur à l’achever, comme un symbole de fin de parcours pour sa révolution populaire.

Il savait bien qu’il allait mourir ou s’en sortir. Cette dernière hypothèse s’effondre sous l’intensité des bombardements et la montée en puissance du Comité national de Transition. Sa capacité de riposte clouée au sol, il retrouve l’isolement, la grande prison du monde dit libre. Il est un habitué de ces geôles depuis les années 80, au lendemain du bombardement de Tripoli et Benghazi par les Etats-Unis et les attentats de Lockerbie. Puis, il a entrevu la réhabilitation sur la scène internationale avec la suspension des sanctions de l’Organisation des Nations-Unies. Il avait donné des gages, à travers la fin de son programme d’armes de destruction massive. Le monde a en mémoire sa réception à l’Elysée et l’indignation de Rama Yade devant la tente du bédouin au cœur de cette France héritière  des Lumières.

Kadhafi a pris le chemin des solitaires. Le CNT lui prend les habits de la légitimité. Il est comme un fantôme ayant laissé sa puissance dans le souvenir de la crainte qu’il inspirait. Les portes des Palais africains se ferment. Dans cette Afrique, il s’est livré à des promenades fumantes, comme sur la bande d’Aouzou, au Tchad, en 1973. Il y a une réputation de bâtisseur d’un idéal panafricain mais, aussi, de démolisseur de quiétudes à travers l’appui supposé à des groupes révolutionnaires. Le rêve fédérateur s’effondre. Il n’a pu le réaliser dans le monde arabe ; il n’en sera pas le témoin en Afrique. Il restera juste une ligne dans le conte si la mémoire des accomplissements démocratiques n’efface ses élans de révolutionnaire.

HDF

Publié dans : Inter Carnets - Par Birima
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 21:41

Duettistes en duel

TANN OR DIENG ET TENOR NIASSE - Sur la même piste, deux merveilleux danseurs ne peuvent synchroniser leurs pas que sur la même musique. Pour Bennoo, l’un et l’autre veulent remporter la même compétition pour la cause « Alternative » à l’Alternance. Seulement, ils se trémoussent, chacun de son côté, au son de leur propre composition : candidat à la candidature de la principale coalition de l’opposition. Ousmane Tanor Dieng a donné le la : il ne sera candidat que sous la bannière de Bennoo. Le Comité central, organe délibératif entre deux congrès, recadre son Secrétaire général : le Parti socialiste organise des Primaires pour désigner le profil aspirant au statut de porte-étendard de la coalition. Le signal est clair. Un : le Ps est déterminé à porter les espoirs de l’Opposition. Deux : la démocratie interne est un bréviaire chez Tanor et compagnie trainant, depuis 1996, une réputation d’usurpateurs portés sur son dos par le président Diouf, au détriment du canal historique socialiste incarné par Djibo Kâ, Moustapha Niasse, Robert Sagna, Mamadou Diop, etc.

Niasse avait une longueur d’avance dans la profession de foi excluant toute candidature hors du cadre unitaire. Sur le processus de désignation par ses camarades, il se retrouve dans une posture de rattrapage comparé à Tanor. La convention des jeunes de son parti est une assurance-génération pour lui. Il arbore l’éloge à la transparence et le pari d’être en phase avec la postérité. L’avenir du pays lui commande de prendre en charge le présent. Il ne se dérobe point. Enfin, il reconnaît à Tanor la stature de présidentiable. Il évacue toute idée de rivalité, avec l’adresse d’un acrobate sur une montagne russe tout en mots. De rivalité, il ne peut en être question entre un administrateur civil qui a connu ses heures de gloire lorsque le diplomate faisait ses classes. Leurs jeunesses respectives ont été si éloignées dans le temps et dans l’espace qu’une princesse aux yeux de braise ne pouvait les aveugler au point de les mener au duel. C’est Niasse qui parle, dans « l’Observateur ».  Un tango pour cet art de ne pas avoir l’air d’y toucher !

Parce que rien n’est encore perdu, personne ne veut perdre la sympathie des troupes du général d’en face. Chacun a l’œil sur le compte-à-rebours. Le comité des Sages a donné ses conclusions sans trancher le débat. Les vocables utilisés dans la presse sont éloquents : la « finale » ou le « verdict » sera pour le 31 octobre prochain. Il y a forcément un vainqueur et un vaincu dans ces seconds « primaires » qui ne disent pas leur nom. Le consensus recherché ne garantit pas au champion de Bennoo le vote des militants du leader arrivé deuxième. C’est la manche la plus cruciale entre ex-frères socialistes enrôlés par un cadre unitaire de l’Opposition. Le ténor Niasse devra en découdre avec la mouture plus humble de ‘’Tann Or’’ Dieng (le choix de l’or). Oui, qui a oublié l’un des slogans de la campagne des locales de 1996, un semestre environ après le « Congrès sans débat » ?

LES ENFANTS DU PERE WADE - Idrissa Seck n’a jamais renié la maison libérale. Il en a dénoncé l’appétit des convives que lui-même a démarchés et immatriculés au nom de l’élargissement de la base sociale de sa formation, le Parti démocratique sénégalais. En ces temps-là, le bal de l’Alternance ne s’était pas embourbé dans les chemins de la dualité. Sa fidélité déclarée à ‘’Maître’’ était sa cisaille de jardinier des rêves de l’inspirateur du Pds. Pour faire de la place aux vaincus, il saborde la Direction politique unifiée chère à Abdoulaye Bathily. « Ne pas donner à la fourmi la part de l’éléphant » était sa formule-choc, par un soir de sortie télévisée, scores électoraux (confidentiels) d’AJ, LD et PIT en évidence. Il ne se rendra compte de la méprise que lorsque, dans une réunion du Comité directeur que lui-même a qualifiée de « théâtre », les transhumants l’ont mis, une deuxième fois, à la porte de la Maison bleue. L’histoire a ses pied-de-nez. Il s’en gausse pour ironiser sur le maquillage défait par les grosses sueurs sur la façade du temple libéral. Entretemps, en 2007, il a fait un clin d’œil à Bathily via son « ami » Tanor. L’équipage, par un temps d’alliance « redoutable » au sein de la Coalition « Jamm », en direction des Législatives, ne résistera pas à un gros temps de méfiance. Les ‘’audiences de midi’’ (merci RFM !), au Palais de la République, n’ont pas suffi à jeter la lumière sur la crédibilité de Seck.

Le désormais ex-fils aîné cède la place à Macky Sall. Lui-même, dans un fort dépit, a quitté le perchoir après la Primature. Il trouve refuge dans le courant « républicain ». Ni de droite, ni de gauche. Il regarde, politiquement comme sur le plan symbolique, les champs à défricher pour se réaliser. En clair, il ne renie pas le libéralisme, il ne le magnifie pas non plus. Il trouve un accoudoir sur la ligne républicaine, tant dans sa forme de « résistance » que dans son équipée solitaire quasi-forcée. Il a un angle de tir : la « dévolution monarchique du pouvoir » de la même manière qu’Idrissa Seck avait sa formule de « maturation du fils biologique ». Il a été accusé, comme Seck, de placer ses hommes aux postes stratégiques, dans l’appareil d’Etat, dans le parti et d’avoir son agenda secret. Il n’a pas été un constructeur de formules-chocs, refusant d’endosser des ’’éléphants-blancs’’ ; il s’est contenté d’être un bâtisseur d’ouvrages en béton, au nom de la politique de grands chantiers de l’Etat. L’héritage libéral n’a jamais été un sujet de dissertation pour lui. Cela n’a jamais été un objet de passion politique. Ni actionnaire ni « numéro un après le numéro un », il s’emploie à « massifier » l’Alliance pour la République. Bennoo ne l’adoube pas ; son ex-formation ne lui convient plus comme instrument de conquête du pouvoir, même s’il en aime les pépites « vertueuses ». Sur le terrain, il semble avoir une longueur d’avance sur Seck ; dans la course à la suprématie au sein de la famille libérale, il a des foulées à faire pour contrer le maire du Thiès. Il assume une divergence principielle avec le président Wade et ouvre la porte à une possible candidature sous le label libéral. A une condition : que les Bleus du Pds virent au jaune et mauve de l’Apr ! Cela s’appelle, pour les Libéraux, la rente du désastre. L’autre duel de ‘’frères’’ prend forme.

HDF

Publié dans : Chroniques de la vie - Par Birima
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 21:46

Ultima… tort !

CAÏDS POLITIQUES - Que la menace y aille si la persuasion échoue sur le mur de l’indifférence ! Tous les 23 ne mènent pas vers la joie d’un peuple aux aspirations démocratiques perçues par son chef. Quelquefois, c’est dans l’ivresse des foules que se découvre la plate vérité des prises de parole. Un ultimatum à un chef d’Etat élu démocratiquement est un ultima… tort à la charpente institutionnelle de notre pays. La Tabaski est la borne à ne pas franchir pour le président de la République, Me Abdoulaye Wade. Pendant que les moutons iront au Paradis pour perpétuer le sacrifice d’Abraham, une carrière politique sera envoyée dans la géhenne. Le Sénégal est-il en conflit avec la vertu politique et est-il en mal d’élite imprégnées des principes du droit au point dé régler son avenir à quelques pas du marché à puces de Colobane ? Est-il en mal d’espace de dialogue au point que la politique ressemble à n’importe quelle relation de caïd à honnête citoyen ? Un de mes aînés désignait « opérateurs politiques » tous les rentiers de leur récépissé. Je n’avais pas envie, tout de suite, de lui donner raison. Le temps et les gaucheries confirment l’attrait du chaos.

LE BAL DES MEPRISES -Le « 23 » est la locomotive du train de la contestation. Ce n’est pas simplement le 23-juin ; ce sont tous les « 23 » ! Avant l’examen, par l’Assemblée nationale, du projet de loi sur le ticket président/vice-président de la République, le défi permanent que la Majorité lançait à l’Opposition était celui de la capacité de mobilisation. La forme d’opposition dite républicaine s’enfonçait dans le matelas de ses impuissances diverses : cohésion, leadership, popularité, tonalité du discours… La formule « pas de Wade face à Wade » était un pied-de-nez au pedigree politique et républicain de ces « ténors ». Le 23 juin, un autre Wade a doublé les adversaires de Wade : le manifestant qui, spontanément, s’est retrouvé sur l’asphalte pour faire entendre sa voix. Il n’est pas à confondre, forcément, avec l’homme des appareils politiques souvent enrhumés à l’heure de choisir une voie vers la destinée du peuple. La toux labellisée « Querelle de leadership », ça connaît. Elle est tenace et produit le spectacle d’une piste de danse où chacun se trémousse au rythme que lui répercutent ses tympans et, surtout,  son ego. Il y a, forcément, de quoi agacer la police éthique des garants de l’esprit et de le lettre des Assises dites nationales. La colère populaire était du pain béni pour ces challengers du président Wade. Les petites et grandes fiertés sont les mange-mil au cœur des espérances de nos compatriotes.

INTELLIGENCE REPUBLICAINE - C’est Macky Sall, alors Premier ministre, qui parlait d’« intelligence républicaine ». Le concept désignait les consensus forts autour des questions nationales. La gouvernance s’extirpait ainsi des parti-pris pour devenir le lieu des objectivités conjuguées. Les différences ne se noient pas dans une mer d’unanimisme. Elles sont les ferments du vivre ensemble. Le maire socialiste de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, n’adhère pas à la création de la nouvelle société de gestion des ordures, la Soprosen. Il l’a dit de vive voix. Tout le monde sait aussi qu’il ne fonce jamais tête baissée contre un adversaire politique. Le militant politique qu’il est a compris le sens de la marche de l’Opposition contre le Monument de la Renaissance, dans la matinée du 3 avril dernier; le maire qu’il est aussi a assisté à l’inauguration de cet édifice du souvenir dans l’après-midi. Voici un homme qui n’a jamais un mot plus haut que l’autre. Il circonscrit le débat interne aux instances de son parti. Il limite le débat public aux prises de parole nécessaires et de manière claire, ferme. Il n’est jamais dans un schéma prévisible dans l’orientation de son discours. Et il assume ! Il y a quelques jours, il s’est refusé d’être une sorte de gâchette programmée pour fusiller du Wade. Il parlait d’un membre du Conseil municipal qu’il préside, Karim Wade. Le ton donné, le ministre de la Décentralisation et des Collectivités locales, Aliou Sow, a salué « les actions concrètes menées par la Ville de Dakar au profit des populations ». Le bonheur des administrés, voilà la ligne directrice de l’appel contre « les conflits inutiles avec l’Etat », selon le ministre Sow.

 PS : Je m’en veux d’avoir commenté, même pour placer une grosse interrogation dessus, les dires de Robert Bourgi. Il s’est trompé sur des dossiers aussi graves que des accusations portant sur le financement de la campagne de Chirac. Il a cité le Sénégal et avancé des noms, dont celui de son président. Pour un Monsieur Afrique de l’Elysée, c’est lamentable d’en rester sur les approximations. Cet homme démontre qu’il est encore à la périphérie de la vérité et ne mérite que la compassion de l’oubli.

HDF 

Publié dans : Chroniques de la vie - Par Birima
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